EGLISE ET POUVOIR par José Comblin
Le présent texte a été transcrit à partir de conférences prononcées à Santiago,
Chili, en novembre 2005. D’autres textes de José Comblin, en
espagnol, sont disponibles chez le transcripteur à :
somosiglesiachile@hotmail.com
> somosiglesiachile@hotmail.com
PLAN :
1. L’ECCLÉSIOLOGIE DU NOUVEAU TESTAMENT ET LE POUVOIR
(p.4)
2. L’ÉGLISE ET LE POUVOIR DANS LA CHRÉTIENTÉ
(p.8)
- les quatre étapes du pouvoir dans l’Église
8
- les trois raisons pour concentrer le pouvoir
9
3. VATICAN II (p.12)
4. IDÉALISME ET RÉALISME
(p.13)
5. ORIENTATIONS POUR L’ÉGLISE D’AUJOURD’HUI ( p.
14)
----------------------------
Introduction
Il est de plus en plus évident que le principal problème
pour les chrétiens d’aujourd’hui, c’est la question du pouvoir. C’est la
principale nouveauté,
le grand défi que la culture contemporaine adresse à
l’Église après Vatican II. Le Concile n’a pas parlé de ça. Il a plutôt essayé
d’éviter la question,
parce qu’1à ce moment là, la question du pouvoir n’était
pas encore un thème dominant dans la culture occidentale.
Dans Lumen Gentium, le Concile a tenté de ne pas utiliser
le mot pouvoir; quand il parle de la hiérarchie, il utilise le mot « munus » (
tâche), ou
des mots qui signifient le service. C’est ainsi qu’on évite
de toucher à la question du pouvoir. C’est bien évident qu’on a évité
volontairement le mot
pouvoir (sauf à quelques occasions comme en 18 a) où les
mots « pouvoir sacré » sont immédiatement atténués par le mot service).
La hiérarchie tente de mettre le sujet de côté en pensant
que c’est une question incongrue, non pertinente, mais sa pertinence est
toujours plus
évidente que jamais. Le clergé, formé pour manipuler des
concepts édifiants,rejette l’idée que quelque chose pourrait être motivé pour
des questions de
pouvoir dans l’Église. On présume que tout se fait par
amour. Même la condamnation des hérétiques se fait par amour. C’est un service
pour
l’Église. Il est clair que, comme pour toute société
humaine, la question du pouvoir est pertinente dans l’Église. Encore plus, elle
est inévitable.
La relation de pouvoir est encore celle définie par la
chrétienté médiévale. Les formes ont changé, mais le fond demeure le même.
Dans l’ecclésiologie traditionnelle, depuis les origines
au XIVe siècle, le mot pouvoir occupe le centre du sujet. Alors, l’Église se
définie par les pouvoirs qui la constituent. Ce qui fait l’Église, ce sont les
pouvoirs de la hiérarchie. Le mot pouvoir a toujours un sens positif et
seulement positif. Le pouvoir est l’un des principaux attributs de Dieu,
peut-être l’attribut le plus important, pour le moins dans la dévotion
catholique. Dans la liturgie on ajoute toujours l’adjectif puissant ou tout
puissant à l’invocation de Dieu. Dieu est le tout puissant. Le pouvoir de Dieu
est totalement positif. Il est le créateur et le sauveur. C’est ce qui produit
tout ce qui existe et qui conduit la création, agissant par les moyens du salut.
Maintenant, le pouvoir de Dieu agit à travers les pouvoirs humains. Dieu n’agit
pas sans la médiation des hommes. Ces médiateurs revêtus d’une
participation au pouvoir de Dieu pour réaliser les œuvres de Dieu sont la
Hiérarchie de l’Église. Le pouvoir de la hiérarchie est seulement positif,
parce
que c’est le même pouvoir de Dieu. On dit que la hiérarchie est la cause
efficiente de l’Église. Elle produit l’Église car l’action salvatrice
de
Dieu passe par cette médiation. Le pouvoir de la hiérarchie est comparable
seulement avec le pouvoir créateur de Dieu : ce sont eux qui
créent
l’Église. C’est le pouvoir sauveur de Dieu : ils réalisent le salut. Dieu a élu
quelques hommes pour être les sauveurs de l’humanité. Les laïcs
se
sauvent par l’intervention de la hiérarchie. Sans la hiérarchie ils ne sont
rien. Ils reçoivent tout et ne produisent rien.
Ce
pouvoir surnaturel de la hiérarchie culmine dans l’eucharistie. Comme le Pape
vient de le rappeler, le prêtre ordonné prononce les paroles de la
consécration comme s’il était le Christ lui-même. Le Christ parle par sa bouche
et produit par la bouche du prêtre le miracle de la
transsubstantiation, le plus grand miracle qu’on puisse imaginer. Le ministre
ordonné a la même force que Dieu, quand il célèbre l’eucharistie.
Les
laïcs regardent, admirent, adorent et reçoivent Dieu des mains du prêtre. Cette
théologie est l’image de l’Église dans l’ecclésiologie
traditionnelle qui est courante jusqu’à Vatican II, même si elle a été réfutée
par les meilleurs biblistes et les meilleurs historiens catholiques.
C’est
toujours la théologie du Pape.
Ce
pouvoir est le service de la hiérarchie. Exercer le pouvoir divin c'est le
service que le ministre ordonné offre à l’Église à laquelle il a donné
vie.
Il ne peut y avoir aucune opposition entre le pouvoir et le service. Le pouvoir
est le plus grand service.
Il est
évident que cette identification entre pouvoir et service ne vient pas du
Nouveau Testament. Elle vient de l’idéologie impériale. Dans cette
idéologie, tout pouvoir est positif parce que tout pouvoir est service à la
société « Dominer pour servir », voilà la définition de tous les
colonialismes, jusqu’à la guerre en Irak qui est le plus grand service apporté
au peuple irakien.
Les
théologiens de ce temps là connaissent très bien tous les défauts personnels de
la hiérarchie, des prêtres et des diacres. Mais cela ne change
pas la
théorie. Les pires prêtres continuent à créer l’Église par ses sacrements, ses
paroles et son gouvernement. Les abus de pouvoir sont
considérés comme de purs problèmes personnels qui se solutionnent par la
conversion du prêtre. Ils ne reconnaissent pas que cette situation n’est pas
inévitable, qu’elle est liée en grande partie au modèle de société qu’on a bien
voulu imposer à l’Église et qu’il s’agit, par le fait même, d’un
problème de politique dans l’Église.
Mais,
les membres de la hiérarchie ne peuvent pas être de purs représentants du
pouvoir de Dieu. En exerçant son pouvoir, ils ne communiquent pas le
message de Dieu, mais plutôt toute la théologie. En administrant les sacrements,
ils manipulent la religiosité populaire avec sa magie et ses
superstitions. En gouvernant leurs paroisses et leurs diocèses, ils agissent
comme des patrons d’entreprises. Ils créent une certaine orientation de
l’Église, ils ne créent pas l’Église produit de l’Esprit Saint, par
l’intermédiaire de tous les chrétiens, chacun avec son charisme.
L’orientation donnée par le clergé n’est pas corrigée ni améliorée par le peuple
chrétien, elle se transforme en domination. Alors, le pouvoir devient
domination, comme dans toutes les institutions humaines. C’est pour ça qu’il
existe toujours un problème politique dans l’Église, qui est le problème que
les
membres du clergé sont des êtres humains y non de purs dépositaires du pouvoir
de Dieu. Leur pouvoir n’est pas comme le pouvoir de Dieu, pure force
créatrice, il n’est pas un pur don de la vie. Il est aussi imposition,
arbitraire, domination de l’Homme sur l’homme. Pas seulement à cause des
vices
personnels, mais par les structures de péché.
La
conception médiévale du pouvoir dans l’Église, et l’abîme qui s’en suit entre le
clergé et le peuple, est en crise depuis deux siècles, même si la
hiérarchie l’a nié jusqu’à Vatican II et plusieurs la nient encore aujourd’hui.
Cette
relation est en crise depuis longtemps et la crise s’est accentuée davantage au
XXe siècle. Des millions de personnes ont abandonné l’Église
catholique et la cause fondamentale, consciente ou inconsciente, c’est la
question du pouvoir. Avec le Pape actuel, on ne peut même pas soulever le
problème parce que son pouvoir est plus absolu que le pouvoir de n’importe quel
Pape du passé, incluant le pouvoir de Pie XII. La hiérarchie nie le
problème parce qu’elle sent qu’elle serait le premier objet de la contestation.
Mais il est évident que la nouvelle société urbaine, alphabétisée et
culturellement développée, n’accepte pas ce genre de relation de pouvoir qui est
né au Moyen âge. Elle ne peut accepter que Dieu réserve sa médiation à
quelques-uns, quand le Nouveau Testament annonce que l’Esprit Saint est donné à
tous. Ils affirment qu’il y a diversité de rôles et de services. On ne discute
pas le fait que certaines personnes soient destinées à gouverner. Mais on
n’accepte pas que le pouvoir humain soit identifié au pouvoir de Dieu.
On ne
peut pas nier que l’Église, comme tout groupe humain, a besoin d’une
organisation de pouvoir, mais pas éternellement cette organisation née à une
époque
historique donnée, limitée dans le temps. Personne ne nie que l’autorité est
nécessaire. Mais le système actuel de l’autorité fait que des millions de
catholiques, justement ceux qui sont de la nouvelle culture urbaine, s’éloignent
de l’Église, ou tout simplement perdent inconsciemment
le
sentiment d’appartenance à cette Église.
Il
faut donc voir et examiner de façon critique le système de pouvoir qui existe
dans l’Église, régi par un droit canonique toujours relatif. Il faut voir
clairement la différence entre ce qui est permanent dans l’Église et ce que
l’histoire a faite dans les siècles suivants. Sinon, nos serons prisonniers de
l’histoire, prisonniers d’un passé mort.
1.
L’ECCLÉSIOLOGIE DU NOUVEAU TESTAMENT ET LE POUVOIR
L’ecclésiologie de Paul est centrée sur le concept du peuple de Dieu, corps du
Christ et temple de l’Esprit Saint. Ce concept est sous-jacent à tous les
chapitres de ses lettres. Tout ce qu’il dit de l’Église se réfère à ce peuple de
Dieu. La doctrine du pouvoir selon Paul est implicite dans sa doctrine sur la
Loi
et
l’Esprit. Le peuple de Dieu passe par deux étapes. D’abord, il y a eu le régime
de la loi et maintenant, avec Jésus, commence le régime de l’Esprit.
Dans
le régime de la Loi, la relation avec Dieu est une relation de soumission. Le
peuple de dieu est le peuple qui se soumet à la Loi.
L’obéissance à la Loi est la vertu suprême. Mais, la Loi ne serait pas réelle si
elle n’était pas présentée par des dirigeants humains. La Loi
n’existerait pas comme telle, s’il n’y avait pas sur terre, au dessus du peuple,
une autorité qui oblige à la respecter. Cette autorité est
représentée par les docteurs et les prêtres, ceux-là même qui ont condamné
Jésus. La soumission à la Loi se traduit par la soumission à ses
représentants. Obéir à Dieu , se résume dans la pratique à obéir aux autorités
qui l’imposent.
Pour
Paul, la Loi –c’est-à-dire tout le système centré sur la Loi- ne sauve pas,
parce qu’il ne change pas l’être humain. La personne se soumet par
crainte du châtiment, mais sans se renouveler personnellement. Il n’y a que
l’Esprit pour renouveler l’humanité. Sous le régime de la Loi, l’autorité
agit
en imposant la Loi. Par l’Esprit, la personne se sent interpellée, poussée par
une force interne qui la rend capable de suivre le chemin de
Jésus
sans aucune imposition. Elle fait le bien par sa propre volonté, pas par
obligation.
Dans
le régime de la Loi, les représentants de la Loi l’utilisent pour imposer leur
propre volonté. Ils interprètent, augmentent, changent les
préceptes de la Loi pour qu’ils coïncident avec leur volonté et à leurs
avantages, même matériels.
Dans
sa doctrine de l’Esprit, Paul ne prête pas attention au problème du pouvoir, que
ce soit celui de l’Église dans la société, que ce soit le pouvoir dans l’Église,
ou ce qu’on appelle maintenant les ministères. Selon lui, le pouvoir apostolique
c’est l’autorité pour annoncer l’évangile deJésus, comme force dans le monde.
C’est le pouvoir de Dieu, qui est le pouvoir de conversion et de vie nouvelle.
Mais il n’élabore pas lui-même une doctrine de l’apostolat comme pouvoir dans
l’Église.
Selon
lui, dans la communauté chrétienne, le pouvoir de Dieu se manifeste dans
l’abondance des charismes qui sont des forces données aux uns ou à tous
les
membres. Les charismes semblent avoir une force intrinsèque qui porte les
membres de la communauté. Comme apôtre de Jésus-Christ, Paul exerce le
pouvoir de dénoncer, d’exhorter, d’orienter : le pouvoir de rappeler les
enseignements de Jésus. Lui-même ne définit pas ce qu’est ce pouvoir des
apôtres.
Mais
de son côté, l’ecclésiologie des évangiles est centrée sur la question du
pouvoir. Dans la pensée de Jésus, le problème du pouvoir est le problème
principal et prioritaire de l’Église. Ce mot, Église, est presque absent des
évangiles mais la réalité est présente dans les disciples. Quand Jésus se
dirige
aux disciples dans leur ensemble, il énonce son ecclésiologie.
Les
principaux textes sont dans le chapitre 18 de Mathieu (surtout 1-7; 12-35) en
Mathieu 2-,2--28, 23, 8-12 et en Jean 13.
Il
n’est pas nécessaire de faire une exégèse très minutieuse pour voir que Jésus
installe une nouvelle façon d’exercer le pouvoir, une nouvelle
relation de pouvoir. Pendant des siècles, on a lu ces textes comme des conseils
moraux, comme des recommandations faites aux dirigeants pour qu’ils
adoptent une meilleure façon d’agir. Jésus n’est pas venu faire de
exhortations morales mais pour changer les structures du peuple de Dieu.
Pour
les exhortations morales, il y avait les sages qui ont laissé de nombreux écrits
de sagesse. Jésus est venu détruire la structure de pouvoir
qui
existait dans le peuple et pour construire une nouvelle structure de relations à
l’intérieur de ce peuple.
Pendant des siècles, on a interprété les paroles du Christ comme si le
disciple de Jésus devait exercer les mêmes structures de pouvoir comme
toujours, mais avec un nouvel esprit, d’une façon différente. L’Église est
tombée dans la même déformation que celle qui affecte les sociétés civiles
ou le
peuple d’Israël, c’est-à-dire, commettre l’injustice mais avec des bons
sentiments. Ç’a a donné un sens édifiant à la destruction des personnes. Ce fut
le cas pour l’Inquisition et pour toutes les imitations de l’Inquisition. Tout
se justifie pour le bien de la personne poursuivie, torturée ou tuée. Le
chrétien agirait comme tout le monde mais en y ajourant des bons sentiments et
un sens religieux : tout pour le bien de Dieu et de son Église.
Jésus
ne vient pas changer seulement la subjectivité mais la structureelle-même des
relations sociales. Par son exemple, il nous indique quelle est la structure
d’autorité qui doit prévaloir.
Jésus
n’utilise aucune forme de coercition pour imposer sa volonté. Il n’a pas
d’armes, ne peut pas menacer, ne veut pas punir (Lc 9, 51-56). Il n’a
pas de
moyens de défense contre ses adversaires, pas même au moment de la prison, de la
condamnation ou de l’exécution. Il est incapable d’exercer la
moindre violence. Non seulement il ne pratique pas la violence sinon qu’iln’a
pas les moyens pour l’exercer. Il n’a pas en réserve des moyens
violents, ce qui serait une menace. La sagesse politique traditionnelle dit
qu’il faut montrer les armes pour ne pas avoir à les utiliser. Jésus ne peut
pas
montrer les armes qu’il n’a pas.
C’est
le sens de la comparaison qu’il fait à propos des enfants (Mt 18 1-4). Les
enfants n’ont pas le pouvoir d’imposer leur volonté. Ils n’ont pas
encore
le pouvoir de chantage qu’exercent les enfants plus vieux des familles riches.
L’enfant est un être fragile. Jésus a choisi la faiblesse.
Jésus
ne définit pas les lois et il n’impose pas son autorité au moyen de lois. Les
lois sont faites pour imposer une volonté supérieure à une personne qui ne veut
pas l’exécuter, il le fait seulement par crainte de châtiment. La loi gouverne
au moyen de la peur d’être puni. La loi est basée sur la peur.
Cela
ne veut pas dire que Jésus a tout accepté. Il n’accepta pas de procéder comme le
font les autorités d’Israël. Avec les pécheurs, la règle c’est le
pardon, le pardon sans limite. De fait, son autorité est telle que les gens font
ce qu’il enseigne avec une liberté totale et avec grand plaisir. Ils ne
le
font pas par peur, sinon par amour. L’autorité de Jésus est basée sur l’amour
qu’elle suscite. Il n’a pas besoin de définir des lois parce que les
personnes le suivent volontairement et avec conviction. Il ne menace pas, parce
que les gens veulent ce que lui veut et par conviction.
Son
autorité est dans sa propre personne et dans sa façon d’agir où se manifeste sa
valeur absolue : cela vient de Dieu |
L’autorité de Jésus se manifeste dans la recherche de la brebis égarée, dans le
pardon des dettes. Au lieu d’imposer une punition, il propose le pardon.
Cela
serait considéré comme de l’anarchie dans notre société. Pourtant ce n’est pas
évident qu’il en soit ainsi. Tous savent bien que les petits
paient
leurs dettes. Ce sont seulement les grandes corporations qui ne paient pas. Le
problème, c’est l’existence des grandes corporations qui de
toutes
façons ne plient pas devant la loi, au contraire elles changent la loi pour
qu’elle leur soit favorable.
Jésus
veut qu’entre les disciples les relations de pouvoir soient différentes (Mt
20-28). La différence n’est pas seulement dans la subjectivité sinon que dans
les structures mêmes du pouvoir. Sinon, rien ne changerait. D’ailleurs dans
toutes les sociétés il y a des principes qui rendent plus supportables les
relations de pouvoir sans changer les structures et ainsi laisser la porte
ouverte pour que le successeur vienne pour exercer un pouvoir rigoureux.
Quand
Jésus dit : ne vous faites pas appeler « Rabi » parce qu’un seul est votre
Maître et vous êtes tous frères. N’appelez personne « Père » sur cette
terre,
parce qu’un seul est votre maître : le Messie (Mt 23 8-10). Les autorités de
l’Église qui désirent ces titres disent que c’est une question sans importance,
ou bien que Jésus parle ainsi pour donner une exemple d’humilité, mais qu’il ne
veut pas définir une façon d’être. Ils suppriment tout simplement
l’enseignement de Jésus. Pourtant, dans la culture de Jésus, les noms sont très
importants parce qu’ils représentent la réalité. Celui qui a le nom de maître
croit qu’il a une autorité supérieure qui lui permet d’imposer ses idées aux
autres. Avec cette question de noms, Jésus veut changer les structures.
Le
problème des structures est clair dans l’Église d’aujourd’hui. Il y a des
évêques plus humains, des curés plus humains -chrétiens- qui n’insistent pas
sur
leur pouvoir, qui consultent ou tiennent compte des opinions des autres, qui
gouvernent avec patience et tolérance, qui donnent place à la liberté et
à la
responsabilité des laïcs. Mais, à tout moment, un autre peut venir et se
contenter d’appliquer rigoureusement la loi canonique qui lui attribue
des
pouvoirs exclusifs. Les structures du code actuel attribuent à l’autorité un
pouvoir absolu, sans droit de se défendre, un pouvoir exclusif, sans
participation. (5) N’importe quel évêque ou curé peut détruire toute la liberté
qu’un prédécesseur a pu créer. Les cas sont nombreux en Amérique latine. Les
auteurs de ces destructions peuvent invoquer la loi qui leur attribue un pouvoir
absolu, dictatorial.
Jésus
lui-même dénonce la façon dont les scribes et pharisiens exercent l’autorité. «
Il mettent de lourds fardeaux sur les épaules des gens, mais eux ne bougent même
pas le petit doigt (Mt 23,4)
Comme
les paroles de Jésus ne définissent pas de façon juridique les relations qu’il
veut établir entre ses disciples, par la suite on a pu considérer ses paroles
comme des purs symboles ou des formes littéraires sans contenu juridique. De
fait, au cours de 20 siècles, plusieurs des anciennes relations de domination
dans les sociétés humaines sont entrées dans l’Église. Les relations de pouvoir
qui existent aujourd’hui neprocèdent pas de la volonté de Jésus mais plutôt de
la pénétration des structures de domination, propres aux cultures où l’Église
s’est établie.
2
L’ÉGLISE ET LE POUVOIR DANS LA CHRÉTIENTÉ
Il
n’est pas nécessaire de rappeler toute la structure de pouvoir qui s’est
construite dans la chrétienté, surtout l’occidentale. Il y eut quatre étapes
principales qui nous ont amené à ce que nous connaissons aujourd’hui.
LES
QUATRE ÉTAPES DU POUVOIR DANS L’ÉGLISE
La
première étape a commencé dans la troisième génération quand les prêtres se
sont démarqués davantage des évêques monarchiques. C’était une imitation
de la
structure des synagogues et des fraternités romaines. Mais au nom des apôtres,
les évêques ont acquis une autorité toujours plus grande sur les
prêtres et sur l’organisation des Églises. Au 4e siècle, les évêques ont déjà
concentré presque tout le pouvoir et tous les charismes. Au Concile de
Nicée,
convoqué par l’Empereur, tous ceux qui n’étaient pas évêques ont été exclus et
on a donné la totalité du pouvoir aux évêques.
La
deuxième étape vint avec Constantin et ses successeurs qui ont fait de l’Église
la religion officielle et obligatoire. C’est à ce moment que s’est créé le
clergé comme caste séparée et éloignée du peuple. Le clergé a concentré tout le
pouvoir dans l’Église, il a supprimé les communautés et a soumis les laïcs à une
passivité totale sans aucune responsabilité. Un abîme s’est créé entre le clergé
et le peuple, même si les textes évangéliques sur le service étaient rappelés,
c’était sans aucune connexion avec la réalité. De plus en plus la Bible devint
un livre de symboles qui justifient le système en lui donnant une idéologie avec
laquelle on essayait de convaincre les peuples. La liturgie du lavement des
pieds est une pieuse ironie.
La
troisième étape commence avec les Papes bénédictins ou grégoriens dès le XIe
siècle. C’est le début de la mobilisation progressive du clergé, qui
durera
10 siècles, pour qu’il se transforme en armée du Pape, avec lequel le Pape
exerce un pouvoir total sur la chrétienté. Le clergé devient l’armée du
Pape.
Surtout les Mendiants, auxquels les Papes imposent l’ordination sacerdotale,
qui vont favoriser cette exaltation du pouvoir du Pape en
faisant pression sur tout le clergé diocésain. Depuis lors s’établit une
concentration croissante du pouvoir du clergé dans les mains du Pape.
La
quatrième étape vint du Concile de Trente qui consacra la structure du clergé,
en affirmant avec force ses fondements et en augmentant le pouvoir
centralisateur du Pape. Le Pape est de plus en plus le chef du clergé. Après la
Révolution française, cette concentration du pouvoir du clergé aux mains
du
Pape prend l’envergure que nous connaissons aujourd’hui. Tout
cela est bien connu. Il n’est pas nécessaire de répéter ce qu’on trouve dans les
livres de l’histoire de l’Église.
LES
TROIS RAISONS POUR CONCENTRER LE POUVOIR
La
question est la suivante : comment se fait-il qu’on a légitimé cette plus grande
concentration du pouvoir aux mains du clergé et ensuite aux mains du Pape ?
Il y a
trois raisons : la défense de l’orthodoxie de la foi, la défense des sacrements
et la défense de l’unité de l’Église.
En
premier lieu, on a invoqué la nécessité de défendre l’orthodoxie. Pour ça il est
nécessaire de concentrer l’autorité dans le clergé et dans le Pape
qui
sont les seuls à pouvoir défendre l’authenticité de la foi. De nombreuses
hérésies sont apparues et pour défendre la foi contre ces hérésies, il faut un
pouvoir fort : le pouvoir de condamner jusqu’à la mort en plusieurs occasions.
On a monté tout un système qui incorpore ce pouvoir du clergé et du Pape.
L’Inquisition a été la manifestation historique la plus visible et la plus
crainte.
La
concentration du pouvoir augmente de plus en plus de nos jours avec les
documents du cardinal Ratzinger. Selon ces documents, des hérésies
envahissantes sont apparues qui nient tout le contenu de la foi : la théologie
de la libération, la théologie des religions.
L’expérience de l’histoire nous montre, après quelques siècles, que les hérésies
ne sont pas si loin de l’orthodoxie. L’accord entre catholique et luthériens sur
la doctrine de la justification en est un bon exemple. Les hérésies peuvent dire
la foi, d’une autre façon. Est-ce que les doctrines présentées d’une façon
différente n’ont pas été traitées d’hérésies parce qu’il fallait avoir des
hérésies ? Sans hérésies, le pouvoir du magistère ne se manifeste pas et il n’a
pas d’opportunité de croître. Les hérésies sont nécessaires pour justifier
l’augmentation du pouvoir du magistère. Les hérésies n’auraient-elles pas été
inventées pour donner plus de pouvoir au Magistère ?
D’autre part, les hérésies du Moyen Âge sont une contestation de ce qui donne
tant de pouvoir au Pape et au clergé. C’est une accusation contre le pouvoir du
clergé. C’est une contestation de tout ce qui sert pour augmenter le pouvoir du
clergé. Cela s’est produit au second millénaire. L’hérésie est une façon pour
les laïcs de se défendre de la domination intellectuelle et culturelle du clergé
et du Pape qui est de plus en plus à la tête du clergé. L’hérésie est une
contestation du pouvoir. L’attaque aux hérésies, ne serait-elle pas la défense
du pouvoir du clergé ? Derrière ces nombreuses condamnations – qui s’avéreront
plus tard très relatives, historiques et circonstancielles - n’y aurait-il pas
une défense du pouvoir du clergé qui se sent menacé quand il perd le contrôle de
la parole et qu’il ne permet pas qu’on
dise la même chose mais en d’autres mots ? Toutes ces condamnations ne
seraient-elles pas avant tout l’affirmation du pouvoir de la hiérarchie et de
tout le clergé avec elle ? Les luttes de doctrine n’auraient-elles pas été, de
fait, des luttes pour le pouvoir et pour la définition des pouvoirs ?
La
deuxième motivation du pouvoir du clergé c’est la défense des sacrements. Ici
aussi, les hérésies attaquent les sacrements, le système au complet des sept
sacrements. Pourquoi condamnent-ils ce système ? Ne serait-ce pas que le
sacrements sont le fondement même du pouvoir clérical ? Grâce aux
sacrements, que seuls les prêtres peuvent administrer, les laïcs ne peuvent se
sauver sans passer par les mains du clergé, c’est-à-dire sans se soumettre à
toutes les conditions imposées par le clergé.
En
vraie théologie, les sacrements sont des signes de la foi, signes d’amour de
Dieu. Mais pendant plusieurs siècles, ils ont été vécus comme des obligations.
Les sacrements deviennent des rites nécessaires à la salvation, sans eux il n’y
a pas de salut. Voilà la loi que les chrétiens doivent respecter et s’ils ne le
font pas, ils commettent un péché mortel et perdent le salut. Les sacrements
sont toujours accompagnés de menaces et sont reçus avec crainte. Le clergé prend
note des mauvais chrétiens qui ne reçoivent pas les sacrements au bon moment.
Les sacrements sont devenus un système par lequel les prêtres rendent leur
ministère indispensable. Ils ont le monopole des sacrements et tous doivent se
soumettre à leur monopole. Il faut recevoir le sacrement pour éviter l’enfer.
Les prédicateurs savaient comment susciter la peur des peines de l’enfer et ils
réussissaient ainsi à pousser les récalcitrants vers les sacrements.
D’autre part, les sacrements sont devenus une des principales source du pouvoir
économique du clergé. C’est une raison de plus pour les laïcs de résister aux
sacrements. Avec le temps, la peur de l’enfer a diminué et les gens plus
éduqués se sont déclarés indépendants. Avant la Révolution française, plus de
90% des français allaient à la messe tous les dimanches. Vingt ans plus tard ils
ne sont plus que 20 % à s’y rendre.
Pour
le clergé, il s’agit là d’une décadence. Pour eux, les sacrements c’est leur
vie, leur façon d’entrer en relation avec le peuple et leur raison d’être. Ils
sont là pour célébrer les sacrements. Pour plusieurs, leur vie de clerc ce sont
les sacrements. C’est aussi leur activité professionnelle,leur façon de trouver
les moyens de survivre. Le curé c’est celui quicélèbre les sacrements : c’est
son travail professionnel. C’est là laprincipales source du pouvoir du clergé et
on peut les réduire à ça.
En troisième lieu, il y a le pouvoir de gouvernement. Tous les séculiers
doivent se soumettre au clergé dans tous les actes de vie chrétienne, surtout
en ce qui touche leur vie morale et sociale. Ici aussi c’est le règne de la
crainte de l’enfer. En principe, cette soumission a pour but de défendre le
peuple chrétien contre le danger des ennemis. En pratique, le gouvernement du
clergé veut toujours plus de pouvoir. Le principe de Léon XIII a prévalu dès le
moment où l’Église s’est séparée des monarchies : en matière politique, il faut
toujours chercher l’alliance et l’appui parmi ceux qui favorisent le plus
l’Église, c’est-à-dire le clergé ou le Pape. C’est un principe de grand
opportunisme qui démontre comment l’action politique est la soumission aux
intérêts du clergé.
Ce qui
nous amène à voir le pouvoir du clergé et du Pape dans la société. En
chrétienté, le clergé est la première classe, la classe privilégiée, celle
que a
le plus de pouvoir, qui intervient sur tout. Elle contrôle l’économie, le
pouvoir des rois, elle domine toute la culture. Voilà l’idéal. En
pratique, plusieurs rois et princes ne suivent pas les directives du clergé : la
moitié du temps, les rois catholiques et les empereurs ont été
excommuniés. Il y a toujours eu une culture souterraine critique du pouvoir
sacerdotal. Il y avait le pouvoir économique des juifs, des banquiers qui ne
se
soumettaient pas aux lois contre l’usure. Mais, fidèle au système, le clergé a
essayé de le sauver en essayant de le maintenir même après les
révolutions libérales du XXe siècle.
Le
clergé n’a pas accepté facilement la ruine de la chrétienté, ce qui pour lui
signifiait la perte du pouvoir, une défaite politique, économique, culturelle.
Après 15 siècles de domination, il est maintenant exposé à toutes les critiques
demeurées clandestines durant ces 15 siècles. On accuse alors le clergé d’avoir
voulu, au nom de Jésus-Christ, dominer la société. Cette accusation se répète
inlassablement depuis les derniers siècles. Évidemment, que le clergé
n’acceptera jamais cette accusation parce qu’il sent que ses intentions sont
différentes. Le clergé invoque ses bonnes intentions au lieu de voir les faits
et les structures. Ses intentions sont de défendre le peuple chrétien contre le
pouvoir économique (des autres) contre le pouvoir politique (des autres), et
contre les menaces de corruption d’une culture non contrôlée par le clergé. Il
n’en reste pas moins que les laïcs voient les choses avec plus d’objectivité.
Cette
accusation qui a été faite au clergé pendant des siècles a toujours été rejetée
avec indignation par le clergé. Il n’accepte pas un examen sérieux et critique
de ses actions. Il croit vivre une vie de service mais c’est une vie de
domination où les laïcs sont toujours de service, mais les prêtres, non.
On a
toujours répété que le clergé voulait dominer les consciences. Qu’il ait voulu
dominer la société, ça pourrait toujours se supporter. Mais dominer la pensée,
la conscience morale, les valeurs, c’était insupportable et cela provoqua une
réaction terrible. Parce qu’on savait que le contrôle des consciences, c’était
accepter l’ordre établi, de la société établie. Le contrôle des consciences
avait comme but de soumettre les catholiques à la société établie, la société de
la chrétienté. C’était essentiellement conservateur et plusieurs laïcs le
voyaient ainsi. Au lieu d’être un ferment de liberté, l’Église était le
principal obstacle à la liberté. Le clergé
apparaissait comme une classe liée au maintien des pouvoirs en place. Les laïcs
avaient perdu la crainte du clergé qui exerçait le contrôle. Avant , la
Révolution, ceux qui ne recevaient pas les sacrements étaient fichés par la
police et traités comme suspects. Après la révolution ce pouvoir du clergé a
disparu.
Aujourd’hui, on ne fréquente plus les sacrements comme avant. Cela démontre le
peu de compréhension de la valeur de signe, et indique le sentiment de
dépendance ou d’obéissance du peuple. Le peuple ne craint plus l’enfer comme
avant, il a donc perdu la motivation pour recevoir les sacrements.
La
chrétienté n’existe plus comme un ensemble mais il en reste des fragments, des
fragments conservateurs qui maintiennent un petit monde où on
pratique la fidélité aux comportements traditionnels de la société
ruralemédiévale. Le clergé tente encore de maintenir et consolider ce qui reste
de
pouvoir dans l’Église. Il maintient, de la même façon, son pouvoir sur la petite
portion du peuple qui lui demeure fidèle.
3.
VATICAN II
Pendant ses sessions, Vatican II a reçu plusieurs dénonciations de cléricalisme,
juridisme, bureaucratisme etc. Il n’a pu cacher les critiques
qui se
sont faites pendant 15 siècles mais qui n’ont jamais été acceptées. De là est
sortie une théologie renouvelée du peuple de Dieu et du rôle de
l’Église dans le monde. Mais quand il s’agit de définir le rôle des évêques, du
clergé, que ce soit dans Lumen Gentium ou dans les documents pour le
clergé, la doctrine demeure traditionnelle et ne tient pas compte des problèmes
soulevés. On multiplie les exhortations morales, mais on ne change
pas
les structures. On ne touche pas au problème du pouvoir et du lien entre la
recherche du pouvoir et la définition du clergé qui a prévalue
pendant quinze siècles. On est retourné à la doctrine conservatrice
traditionnelle. Là, tous les problèmes sociaux deviennent des problèmes
moraux, Si les prêtres étaient plus vertueux, il n’y aurait pas de problèmes. De
fait, s’ils étaient plus vertueux, ils ne supporteraient pas la structure
actuelle. Il est impossible d’imaginer un clergé où tout le monde est saint. Le
comportement moyen dépend des structures. Si ces structures sont des structures
de domination qui n’accordent au peuple chrétien aucune participation au
pouvoir, l’exhortation morale ne servira de rien.
Ceux
qui n’ont pas besoin de conversion se convertiront et ceux qui en ont besoin ne
réaliseront pas toute la domination qu’ils exercent sur les autres.
Les
textes de Vatican II ne touchent pas au plus grand problème, qui selon plusieurs
évêques, était le problème du siècle : le problème du clergé.
Plusieurs autres évêques ne pouvaient pas se libérer du modèle qu’ils avaient en
tête : le rôle traditionnel du prêtre comme membre de la classe privilégiée,
comme fonctionnaire des sacrements et défenseur du pouvoir del’Église. Comme
l’épiscopat était divisé sur ce point, on n’en a pas parlé.
On n’a
pas parlé non plus de la relation entre le clergé et le pouvoir politique. De
fait, plusieurs pensaient que le parti démocrate chrétien allait solutionner
tous les problèmes, en redonnant à l’Église une placeprivilégiée et en empêchant
l’adoption de lois défavorables au clergé quiréduiraient son pouvoir dans la
société tant dans le codes que dans la culture, l’éducation, les services de
santé. Ils comptaient sur l’appui de partis politiques catholiques pour éviter
que l’Église renonce totalement à son pouvoir dans la société. Le monde change,
mais la structure historique de la chrétienté se maintient, au moins comme
illusion dans la pensée du
clergé.
Du
moment que le Concile n’a pas voulu, ou n’a pas pu, traiter de la question du
clergé, ce qui arriva était prévisible. Dans le premier monde,
les
vocations sont disparues, il n’y a plus de crédibilité. Dans le Tiers-monde, les
vocations sont nombreuse mais basées sur le principe de chrétienté : la prêtrise
offre du pouvoir dans la société et dans l’Église, cela est un grand attrait
pour les pauvres qui ont peu de moyens d’ascension sociale.
4.
IDÉALISME ET RÉALISME
Jean-Paul II a eu, parmi ses priorités, de rétablir le pouvoir social du clergé.
Il a pensé qu’un des moyens les plus efficaces serait de rétablir la
discipline traditionnelle, ce qui ramènerait l’auto-estime du clergé. Il a
essayé de le faire et a réussi en partie. Il a rétabli la séparation entre
le
clergé et les laïcs, entre le clergé et la société, pour éviter les tentations.
Il a tout fait, inlassablement, pour élever le statut du clergé.
Il a
multiplié les documents dirigés au clergé, par exemple, à l’occasion du Jeudi
Saint de chaque semaine sainte.
Ces
écrits manifestent une conception idéaliste du sacerdoce. Ils ne tiennent pas
compte des conditions matérielles, psychologiques et sociales
de la
vie sacerdotale. Ils ignorent les problèmes des prêtres des années 60, problèmes
jamais résolus et qui continuent de produire les mêmes effets
(abandon du sacerdoce, crise d’identité). Tout cela est considéré comme une
déficience morale. On le solutionne par une affirmation encore plus forte de
la
doctrine, c’est-à-dire, par un renforcissement de l’idéologietraditionnelle du
clergé.
Le
Pape s’appuie sur des mouvements sacerdotaux comme l’Opus Dei, les Légionnaires
du Christ, Sodalitium et autres mouvements sacerdotaux. Ils
sont
tous des intégristes dans la doctrine, rigoristes en morale, inflexibles en
discipline. Ils sont l’incarnation de la loi totale. Leur moteur est l’idéologie
cléricale, telle que définie par le Concile de Trente. Ces mouvements doivent
donner l’exemple à l’ensemble des prêtres. Ils seraient les guides du clergé. Le
Pape leur a donné le rôle des jésuites dans l’Église tridentine.
Ces
mouvements sont fascinés par le pouvoir. Ils manifestent une volonté féroce
d’accumuler une richesse matérielle, du prestige social, le pouvoir
politique, le pouvoir culturel. Ils fondent des institutions puissantes,
supposément destinées à l’évangélisation. Il ne réalisent pas jusqu’à quel
point
ils se donnent en spectacle à la société, spectacle de sectes religieuses à la
conquête du pouvoir. Ils ne réalisent pas qu’il va leur
arriver ce qui est arrivé aux jésuites au XVIIIe siècle. Ils font alliance avec
les puissants, avec les institutions dominantes de la société
occidentale. Ils n’entendent aucunement la voix qui monte du monde des
opprimés. Ils ne tiennent pas compte de ce monde parce que leur monde est
celui
des dominateurs.
En
Amérique latine, ces mouvements sacerdotaux acquièrent de grands pouvoirs dans
tous les secteurs, surtout en économie et en politique. Ils agissent
par
l’intermédiaire des élites laïques qui leur sont totalement soumises. Il créent
un laïcat fanatique dépourvu de tout esprit critique y de libre initiative.
Le
clergé, inspiré par ces exemples, devient totalement opportuniste. Il croit que
le marketing religieux va solutionner les problèmes de
l’évangélisation. Ils croient que, par la manipulation des moyens de
communication, il sera possible de refaire une nouvelle chrétienté dans
laquelle l’Église pourra de nouveau gouverner le monde.
Comme
en temps de chrétienté, ils pensent qu’ils vont évangéliser avec le pouvoir, par
le pouvoir, en augmentant leur pouvoir. Ils croient que leur
pouvoir va convaincre les chrétiens et les soumettre à leur contrôle. Ils ne se
rendent pas compte que le monde a changé et que les laïcs d’aujourd’hui
ne
sont pas tous comme ceux d’autres temps. Ils pensent que l’exemple des
mouvements sacerdotaux intégristes va conquérir la société et fonder un
nouveau clergé semblable à l’ancien et basé sur la même théologie. Et ils
pensent que les laïcs vont se soumettre à la discipline de l’intégrisme.
5.
QUELLES SERAIENT LES NOUVELLES ORIENTATIONS AU SUJET DU POUVOIR DANS L’ÉGLISE
D’AUJOURD’HUI ?
1. D’abord, il faut reconnaître le pouvoir des laïcs, basé sur les
charismes et dons spirituels qu’ils ont reçus, les responsabilités
d’évangélisation qu’ils assument, etc.
2. À tous les niveaux, à partir du Concile œcuménique jusqu’aux conseils
paroissiaux, les laïcs doivent avoir droit de parole et peuvent
décider avec le clergé sur tout ce qui ne touche pas à la doctrine clairement
définie.
3. Les laïcs doivent avoir une voix active lors des élections à tous les
niveaux, depuis l’élection du Pape jusqu’à l’élection des curés.
4. Les laïcs doivent avoir le droit de discuter de liturgie, de
catéchèse et de l’organisation de l’Église.
5. Le principe de base, c’est que le pouvoir ne peut pas être concentré
dans une seule personne.
6. Le fondement de toute réforme du système de pouvoir, c’est
l’information. La préparation des décisions doit être ouverte, publiée et
les
documents nécessaires doivent être disponibles pour tout le monde. Il ne peut y
avoir de secret dans les nominations, ni de décisions concrètes
prises
par une seule autorité.
7. Il est nécessaire de créer une instance juridique indépendante où les
personnes, qui se sentent victimes d’injustice, peuvent recourir.
Actuellement, un laïc n’a aucune défense face au clergé ou aux religieux; les
religieuses n’ont pas de défense face au clergé; les prêtres n’ont pas
de
défense face à l’évêque, et les évêques n’ont pas de défense face au Pape.
Le
principe de base, c’est que le pouvoir est dans tous les chrétiens, à degrés
divers, et la structure doit reconnaître cette situation.
Le
second principe c’est qu’aucune personne humaine ne représente le pouvoir de
Dieu, donc elle peut être corrigée dans tout ce qui n’est pas pouvoir de
Dieu.
Il doit donc y avoir une correction fraternelle qui doit être publique.
Le
pouvoir de Dieu crée, construit, édifie, augmente, confère plus de liberté. Tous
les pouvoirs ecclésiastiques que n’agissent pas en ce sens, ne
sont
pas pouvoir de Dieu et doivent être contenus, limités, corrigés
structurellement. Les structures doivent éliminer les opportunités d’abus de
pouvoir. Car, dans l’Église il y a abus de pouvoir comme dans toute société et
pour diminuer ça il faut avoir des normes qui équilibrent les pouvoirs de
tous.
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Transcripteur - éditeur : Enrique A. Orellana F., du mouvement et cahiers
SOMOS IGLESIA, Chili Traducteur au français : Yves La Neuville
Le
présent texte a été transcrit à partir de conférences prononcées à Santiago,
Chili, en novembre 2005. D’autres textes de José Comblin, en
espagnol, sont disponibles chez le transcripteur à :<mailto:somosiglesiachile@hotmail.com>
somosiglesiachile@hotmail.com
José
Comblin est né en Belgique en 1923. Il est docteur en théologie de
l’Université de Louvain. Après plusieurs années de travail au Brésil, il en
est
banni, en 1972. Il traverse au Chili mais en 1981 la dictature de Pinochet lui
refuse l’entrée, de nouveau. De retour au Brésil, il voyage
un peu
partout pour des rencontres et conférences. Il a été conseiller de don Helder
Camara et du cardinal Arns, de Sao Paulo, à la Conférence des
évêques de Medellin en 1968 et à celle de Puebla en 1979 . Il est l’auteur de
plus de 60 livres et de centaines d’articles.
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Cette
transcription des conférences a conservé le « style oral ». Pour des
renseignements sur l’auteur, voir à la fin du texte.
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