CHRÉTIENS D'AUJOURD'HUI
Pour des Communautés d'Église obsédées par le service de l'Humanisation de leur société !

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Le Groupe Paroles, dont les membres sont cités en fin d'article, a fait paraître en mars 2000 le texte ci-dessous que nous vous proposons.
Nous l'avons fait suivre de la contribution que lui a communiquée 
le groupe NSAE 34  (voir "Sites amis", si vous voulez en savoir plus sur ce groupe local).  

CINQ PROPOSITIONS POUR L'EGLISE DE L'AN 2000

Constatant les défis que rencontre l'annonce de l'Évangile aujourd'hui, 
le groupe Paroles 
veut s'engager davantage et interpelle les responsables de l'Église

En ces temps de passage séculaire, nombreux sont ceux qui expriment des rêves d'avenir. Pour contribuer à ce que l'Église catholique soit davantage fidèle à sa mission d'annonce de l'évangile, les membres du groupe Paroles ont choisi de rêver, de poser des questions, de formuler des engagements pour eux-mêmes et d'interpeller les responsables.
Avec bien d'autres, nous sommes prêts à participer à la préparation d'un nouveau concile !

1. Proposer des chemins de vie.

Aujourd'hui comme hier la vie est dure pour beaucoup. Les hommes, les femmes de ce temps cherchent comment mieux vivre. Les chrétiens seront jugés sur leur capacité à ne pas exclure, à être acteurs de réconciliation, à ouvrir des pistes de bonheur.
Quelle est la teneur dominante du message que nos contemporains entendent de l'Église ? Savons-nous écouter leurs quêtes personnelles et communautaires et leur dire que Dieu est Père, plein de tendresse, source de vie ? Comment partager avec tous que Jésus-Christ est un compagnon respectueux de chacun, de sa différence, de ses pesanteurs, qu'il appelle à la vie et n'enferme jamais dans l'erreur ou la faute .

Nous, laïcs, membres du Peuple de Dieu, sommes appelés à convertir notre regard sur le monde que Dieu a créé bon, à approfondir notre connaissance de la Parole de Dieu venu apporter la vie, la vie en abondance; à témoigner, là où le malheur semble l'emporter, que la vie fraternelle peut encore triompher.

Nous demandons aux responsables un changement de discours dans le domaine de la bioéthique et de la morale familiale, conjugale, sexuelle. Que ce discours soit incitatif. Qu'il rappelle les principes fondateurs de toute vie humaine sans se substituer aux instances (famille, école, État...) responsables chacun dans son domaine. Que cessent les exclusions, notamment celles qu'éprouvent les divorcé remariés. Que nos liturgies s'enrichissent de la célébration du courage et de l'espérance au quotidien.

2. Donner une place réelle aux pauvres dans l'expression du Peuple de Dieu

Les pauvres et la pauvreté occupent une grande place dans le discours et la pratique de l'Église.
Quel est le poids de la voix des pauvres dans nos liturgies paroissiales ? Quelle place ont-ils dans l'élaboration des prises de position ecclésiales à leur sujet ? Comment nos pratiques sont-elles réellement influencées par l'esprit de pauvreté à tous les niveaux de la vie quotidienne de Église ?

Nous, laïcs, membres du Peuple de Dieu, voulons prendre les moyens d'être davantage à leur écoute là où nous vivons; de pratiquer des formes de partage qui soient signes de notre acceptation de l'esprit de pauvreté; de nous engager afin que les choix politiques aillent dans le sens d'une meilleure répartition des biens entre tous.

Nous demandons aux responsables de soutenir résolument les efforts accomplis par les hommes et les femmes qui luttent pour la justice à travers le monde; de prendre le risque d'être mal compris de certaines catégories sociales, membres de Église ou non, en donnant la priorité en temps et en argent au service des pauvres; de ne pas encourager la tentation actuelle du repli sur une spiritualité désincarnée ou des festivités sans lendemain. Nous leur demandons de nous inciter à une réflexion sur les enjeux économiques te financiers pour la construction d'un monde plus juste. 

3.  Permettre l'unité des chrétiens

Les actuelles divisions, dont personne ne discerne plus vraiment les origines ni les raisons, apparaissent à tous, y compris au Peuple chrétien, comme un anachronisme à l'heure de la mondialisation.
Comment espérer que le message chrétien soit audible en l'an 2000 si les divisions, parfois de véritables compétitions, apparaissent entre les Églises chrétiennes ?

Nous, laïcs, membres du Peuple de Dieu,, somme prêts à tout faire pour apprendre à connaître les autres traditions chrétiennes; pour approfondir et partager les richesses de la tradition catholique ; pour mettre davantage en lumière ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare; pour tisser des liens de fraternité avec les membres des autres Églises

Nous demandons aux responsables, et tout particulièrement à l'évêque de Rome, de tout faire et de tout proposer pour dépasser les questions de pouvoir ecclésiastique qui empêchent aujourd'hui la réalisation de l'unité des chrétiens; d'encourager vraiment l'œcuménisme réel, celui de l'action, de la prière et de la célébration communes, et pas seulement celui de la recherche théologique; de poursuivre et d'accentuer les gestes symboliques envers les autres Églises chrétiennes, afin de les toucher au cœur et de les inviter au dépassement; de situer cette quête de l'unité des chrétiens dans un dialogue plus vaste, au service de la quête de tous ceux et celles qui cherchent à témoigner de la présence de Dieu auprès des hommes et des femmes de ce temps. 

4. Pour une organisation nouvelle de l'Eglise 

Les enseignements du Concile Vatican II insistent sur la collégialité des évêques, sur le sensus fidei de tous les baptisés dans la formulation de l'annonce évangélique, et sur le rôle des laïcs dans Église. 

Église catholique est perçue davantage comme une institution pyramidale que comme une communauté de frères et de sœurs coresponsables de l'annonce de l'Évangile. La tendance à la multiplication de "vérités intangibles" réduit la responsabilité de la conscience personnelle et interdit la poursuite de recherches nécessaires pour la traduction et l'inculturation de message chrétien. La polarisation excessive sur l'autorité pontificale et l'autorité romaine en tous domaines rend difficile la dialogue avec la diversité des cultures et empêche de réels progrès oecuméniques.

Nous, laïcs, membres du Peuple de Dieu, sommes prêts à prendre le risque du dialogue avec notre monde; à collaborer à l'élaboration d'un message évangélique audible par tous, selon les lieux et les cultures; à participer pleinement à la vie d'une Église Peuple de Dieu dans laquelle la voix de chaque communauté puisse se faire entendre.

Nous demandons aux responsables de modifier les pratiques actuelles de l'autorité dans Église Que la concertation l'emporte, tout particulièrement par la prise en compte des recommandations faites par les synodes et par une plus grande responsabilité reconnue aux conférences épiscopales. Que soient encouragée la création de communautés diverses, reliées entre elles, semblables à celles décrites dans les Actes des Apôtres, partageant les biens, les savoirs, l'entraide et la prière. 

5. Poser autrement la question des ministères. 

La question n'est pas d'abord de trouver des candidats pour la prêtrise, mais de faire face aux besoins de l'évangélisation, en s'appuyant de manière pragmatique et inventive sur les hommes et les femme qui sont prêts à travailler pour le Royaume, dans la diversité de leur charisme et de leur capacité d'engagement.

Comment dans la fidélité aux pratiques des Églises primitives et à l'écoute des pratiques d'autres Églises chrétiennes, enrichir notre approche de la question des ministères ? Comment en particulier dans certaines Églises d'occident, redonner toute leur place aux laïcs, à la lumière de la mission globale confiée à Église, et non uniquement dans la perspective de l'aide qu'ils peuvent apporter aux prêtres ?

Nous, laïcs, membres du Peuple de Dieu, sommes prêts dans la communion avec le Pape et avec les évêque, à partager davantage les responsabilités ecclésiales; à nous former pour cette mission; à assumer les taches confiées comme des services communautaires.

Nous demandons aux responsables, et tout spécialement à l'évêque de Rome, d'autoriser au plan régional de vrais débats sur l'ordination d'hommes mariés, le développement de la diaconie dans toute sa diversité, la responsabilité des femmes dans la vie de Église; de tout faire pour que la formation des prêtres leur permette d'être à la fois pleinement à l'écoute des joies et des peines des hommes de ce temps, et de traduire l'annonce de la bonne nouvelle dans le langage de tous ceux et celles qui depuis longtemps ne vivent plus "en chrétienté"; sur le plan local, d'associer réellement les laïcs à la responsabilité de la vie communautaire, non seulement dans l'exécution des décisions, mais également dans la préparation de celles-ci.

N.B. Le Groupe Paroles a pour but d'élaborer et de diffuser des prises de position publiques sur des questions d'actualité qui soient des paroles Église

En sont membres : Docteur Maurice Abiven, médecin; Guy Aurenche, avocat; Elisabeth Bourel, consultante; Jean Delumeau, historien; Laurent Grybowsky, journaliste; Monique Hébrard, journaliste; Emmanuel Lecaron, journaliste; Roger Leliévre, agriculteur, ancien secrétaire général du CMR; Joseph Maila, universitaire; Claude Mangin, enseignante; Gabriel Marc, économiste; Bernard Perret,  économiste; René Rémond, historien; Jean-Pierre Rosa, éditeur; Gérard Testard, responsable d'association.
Extrait de "La Vie", 16 mars 2000.

NSAE-Nous Sommes Aussi l'Église / Collectif Hérault
Réponse
Question 4 : "Pour une organisation nouvelle dans l'Église"  

"L'Église catholique est perçue davantage comme une institution pyramidale que comme une communauté de frères et sœurs coresponsables de l'annonce de Évangile"

La tendance à la multiplication des déclarations de "vérités intangibles" réduit la responsabilité de la conscience personnelle et interdit la poursuite de recherches nécessaires pour la traduction et l'inculturation du message chrétien. 

La polarisation excessive sur l'autorité pontificale et la centralisation romaine en tous domaines rend difficile le dialogue avec la diversité des cultures et empêche de réels progrès oecuméniques..." (extrait question N° 4)  

Le document du Groupe PAROLES pose les vraies questions et propose des pistes pour leur solution. Nous ne pouvons qu'exprimer une totale adhésion à ses analyses et à ses propositions.

Il nous paraît seulement que ce texte, en raison même de sa structure et de sa densité est contraint d'évoquer en peu de mots des problèmes importants qu'il est peut être utile d'expliciter. Nous voudrions dans cette perspective développer un peu l'une des constations figurant au 2éme paragraphe de la 4éme question :
Polarisation excessive sur l'autorité pontificale et Centralisation romaine en tous domaines".

Sans doute pouvons-nous dire que nous nous trouvons là devant une survivance de la pratique des siècles passés liée aux avatars de l'histoire. Peut-être... mais est-il nécessaire de perpétuer les erreurs du passé ! d'autant plus que le comportement de la papauté en la matière n'est en rien justifié par les textes fondateurs; en effet si Pierre a effectivement tenu une place éminente parmi ses frères, aucun des trois textes fondant cette prééminence (Luc23,31-32 "affermis tes frères...", Jean 21,15-19 "Sois le berger de mes brebis..." et même Matthieu 16,16 "Tu es Pierre et sur cette pierre...) ne peut justifier ce caractère absolu et arbitraire du pouvoir que les papes se sont arrogé au long des siècles.
Le Père Congar, théologien dominicain, expert au Concile Vatican II, écrivait : " Il s'est instauré dans Église romaine depuis le 11éme siècle un régime de monarchie absolue et une conception pyramidale de Église, à partir du 16éme siècle un abus grandissant de l'idée d'infaillibilité, et à partir du 19éme siècle un gonflement de l'idée de magistère... Comme si le Saint Esprit promis à Église était accordé à un seul qui peut décider solitairement de façon souveraine".

Si cette évolution est en partie liée à des compromissions de plus en plus grandes avec les pouvoirs politiques, elle est surtout imputable à une conception faussée de ce qui doit être l'autorité dans Église, considérée par ses tenants comme un pouvoir, et non comme un service. Au point que l'on peut se demander si là n'est pas le nœud du problème. Ce n'est sans doute pas innocemment, pas par hasard, que Luc a placé au cœur du repas pascal la querelle des disciples sur le point de savoir lequel d'entre eux était le plus grand (Luc 22, 24). La lutte pour le pouvoir au cœur de la première Eucharistie !

Il voulait sans doute signifier par là que ce problème du pouvoir, cette volonté de puissance n'était pas du tout un problème secondaire et que les disciples de Jésus, au long des siècles, buteraient dessus à chaque pas. Et c'est bien ce qui est arrivé, alors que Jésus avait dit, en réponse à cette querelle :"Les rois des nations agissent avec elles en Seigneurs, et ceux qui dominent sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel. Mais que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert. Lequel est le plus grand : celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Or moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert." (Luc 22,25-27)

Le Concile de Vatican II a heureusement impulsé un mouvement de retour vers une Église moins monarchique, plus synodale, plus conforme à Église des premiers siècles, longtemps gouvernée par un système d'assemblées où l'autorité n'était pas confisquée par un seul ou par quelques uns. En particulier le Concile avait souligné l'importance de l'autonomie des Églises locales, lieu de vie des croyants et lieu de leur expérience de foi dans des communautés bien concrètes qui constituent le tissu de Église universelle et dont il dit que c'est "en elles et à partir d'elles qu'existe Église Catholique, une et unique".

En même temps le Concile a reconnu au collège des évêques responsables de ces Églises locales une "sollicitude" pour Église universelle et une part dans la charge de sa conduite.

Nous sommes malheureusement appelés à constater aujourd'hui, et à tous les niveaux, de graves déficits dans l'exercice de la Synodalité souhaitée par le Concile. Il n'est que de se rappeler l'épisode récent où la Conférence épiscopale d'Allemagne s'est vu dicter par Rome une attitude contraire à son choix éthique ou l'enterrement discret de tous les vœux émis par les synodes diocésains sur les "questions réservées". La vieille pratique à bien du mal à se réformer...

Or il se trouve que cette pratique d'une autorité sans partage est de plus en plus mal ressentie dans nos société démocratiques de ce début du 21éme siècle et qu'elle conduit souvent à l'indifférence vis à vis des affirmations de ce pouvoir, quand ce n'est pas à une désertion silencieuse ! Nous avons du mal à imaginer que Jésus ait pu vouloir ou cautionner un tel mode d'exercice du pouvoir, Lui qui disait "Ils (les scribes et les Pharisiens) aiment à occuper les premiers sièges dans les synagogues, à être salués sur les places publiques et à se faire appeler "Maîtres" par les hommes. Pour vous, ne vous faites pas appeler "Maître" car vous n'avez qu'un seul Maître" et vous êtes tous frères. N'appelez personne sur la terre "Père" car vous n'en avez qu'un seul, le Père céleste." (Matthieu 23,6-10))  

Tout cela dit, que faire ? Quelles pistes proposer ?

Tout en sachant qu'il ne s'agit sans doute que de "vœux pieux", il ne faudrait pas hésiter à dire les réformes qui nous paraissent souhaitables, sinon urgentes.
Il faudrait :

1) Reconnaître que l'Église universelle est une communion d'Églises particulières et que l'évêque de Rome n'est pas le maître de l'Église universelle mais l'évêque d'une Église locale qui est l'Église de Rome, l'Église de Pierre et de Paul, et qu'à ce titre il préside à la communion des Églises, à la charité et à la mission;
2
) Redonner leur autonomie aux Églises locales et les reconnaître comme Église de Dieu de plein exercice;
3
) Reconnaître une vraie compétence aux assemblées synodales de ces Églises;
4
) Reconnaître aux Conférences épiscopales nationales une compétence en tout ce qui touche à l'essentiel de la foi;
5
) Reconnaître aux synodes des évêques un pouvoir délibératif, et non plus seulement consultatif;
6
) Prévoir la création de patriarcats continentaux habilités à régler les problèmes qui se posent sur leur continent;
7
) Reconnaître aux laïcs leur pleine compétence de baptisés et une participation à la préparation des décisions;
8
) Faire passer dans la pratique le fait que "les évêques sont chacun pour sa part le principe et le fondement de l'unité dans leurs Églises particulières";
9
) Reconnaître la compétence du Collège des évêques dans la sollicitude et le gouvernement de Église universelle et mettre en pratique cette responsabilité;
10
) Réduire en conséquence le rôle et les attributions de la Curie. 

Et peut-être faudrait-il aller jusqu'à dire :

- qu'il n'est plus admissible (que du reste cela ne l'a jamais été !) que l'évêque de Rome soit le souverain d'un État, si petit soit-il, et qu'il renonce donc à cette prérogative;

- que soient supprimés en conséquence ses ambassadeurs dont la surveillance qu'ils exercent sur chaque pays est pour le moins désagréable;

- et qu'il renonce au titre blasphématoire de "souverain pontife" qui n'est qu'un attribut des empereurs romains, pour se faire appeler "frère" comme Jésus lui-même l'y invite ! 

Teddy Piat 
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 Question 5 "Poser autrement la question des ministères".

"Il faut que de ces hommes qui nous ont accompagné tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous en commençant au baptême de Jean jusqu'au jour où il nous fut enlevé, il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection". (Actes 1,21) Ainsi parle Pierre aux frères réunis.

Les douze convoquent l'assemblée des disciples et leur disent : "Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt sept hommes de bonne réputation, remplis de l'esprit et de sagesse, et nous les proposerons à cet office". (Actes 6, 2-3) 

1) Comment se sont organisées les premières communautés, celle de Jérusalem et les autres ?  

Dans ce premier temps de notre recherche, les Actes des Apôtres écrits comme l'épopée d'une communauté première et très unie vont nous guider.

Dans les paragraphes cités plus haut nous voyons la communauté des disciples confrontée à deux sérieux problèmes internes.
Le premier : Judas était l'un des douze; il faut le remplacer.
Les apôtres convoquent alors la communauté; et c'est la communauté qui propose deux noms : Joseph et Mathias. On prie ensemble et on tire au sort. C'est le nom de Mathias qui sort. "Il fut mis au nombre des douze apôtres" (Actes 1,26). Les apôtres réunissent la communauté mais c'est la communauté qui propose… C'est extrêmement intéressant pour nous ! Il ne s'agit de rien moins que de choisir le remplaçant d'un des douze ! Le rôle de la communauté est premier. Par elle, c'est l'intervention de l'Esprit qui est manifesté par là.

Le second problème :  le partage des biens a été établi. "Nul ne disait sien ce qui lui appartenait mais entre eux tout était commun" (Actes 4,32). Nous sommes dans l'attente du retour du Christ. Chacun est convaincu que ce retour est proche. Pourquoi garder ses biens quand tout va basculer ? Ce geste est ainsi une anticipation eschatologique du "royaume" qui est proche.

Les douze, disciples devenus apôtres, ont de ce fait une tache essentielle : annoncer au peuple juif que Jésus est bien le Messie annoncé. Ils sont juifs et se rendent chaque jour au Temple de Jérusalem. Ils vont continuer ainsi  et pendant longtemps[1] à se considérer comme membres de cette communauté, à agir comme les autres juifs. Les Actes mettent ainsi en relief Pierre qui avec un courage retrouvé est devenu grand orateur, hardi même, parlant haut et fort devant le grand Sanhédrin[2].

Or des juifs de langue grecque, les Hellénistes, issus de la Diaspora se sont convertis et sont ainsi devenus membres de la communauté des disciples de Jésus. Ils  protestent parce que leurs veuves sont "négligées" dans le partage quotidien ! les douze mettent en avant leur tache primordiale de l'annonce; ils proposent donc à l'assemblée de choisir parmi eux d'autres personnes  qui seront préposées à la tache du service des tables. La communauté en présente sept dont Etienne et Philippe. On prie et les apôtres leur imposent les mains. Nous assistons ainsi à la création par et pour la communauté d'une fonction nouvelle.

Dans les deux cas les Actes mettent bien en valeur ces  différentes étapes  : un besoin nouveau  apparaît; l'assemblée fait la proposition de plusieurs personnes pour occuper cette fonction; on prie ensemble; dans le second cas, l'attribution de la charge est authentifiée par l'imposition des mains des apôtres au cours d'une prière. C'est un geste de bénédiction, d'appel de l'Esprit sur la personne ainsi désignée, une confirmation, pas une désignation. La communauté perçoit au cœur même de besoins reconnus l'appel de Dieu et le don de l'Esprit.
L'appellation de diacres[3] a été utilisée pour désigner ces sept personnes "dont Etienne et Philippe" parce qu'elle étaient attachées au service (diakonia en grec) des tables; les Actes nous racontent ici un fait ponctuel : en réponse à un besoin précis, la communauté fait face.

Pourtant ces "délégués au service des tables" ne vont pas se limiter à un tel emploi. Il suffit de continuer la lecture des Actes pour voir Etienne en train d'annoncer le message et d'opérer "des signes parmi le peuple" à tel point qu'une conjuration calomnieuse venue d'une synagogue de juifs, pourtant d'origine étrangère comme lui, le conduit manu militari devant le Sanhédrin et jusqu'à la lapidation en dehors de la ville. Philippe, le second nommé, profitera de la dispersion de la communauté - ou des seuls hellénistes, on ne sait - consécutive à la lapidation d'Etienne et à des menaces sérieuses sur la vie des disciples pour quitter Jérusalem[4] et aller porter le message en Samarie, puis à Gaza. Ce sera le début des premières missions. Ainsi ces samaritains que l'on considérait alors comme des hérétiques seront parmi les premiers à se convertir...grâce à un "diacre".

Mais ce qui nous est raconté ici en quelques paragraphes ne s'est pas fait en trois semaines comme le texte pourrait nous le laisser croire. Certains historiens n'ont-ils pas chiffré à 6 ans l'espace entre la mort de Jésus et la lapidation d'Etienne !
Selon quels critères sont choisis ces "diacres" ?

C'est dans la première lettre à Timothée qu'on trouve l'énoncé de critères : "des hommes dignes, n'ayant qu'une parole, modérés dans l'usage du vin, fuyant les profits déshonnêtes; qu'ils gardent le mystère de la foi dans un conscience pure". Quant aux femmes, qu'elles soient "point médisantes, sobres, fidèles en tout". Que toutes et tous " n'aient été mariés qu'une fois, sachent bien diriger leurs enfants et leur propre maison". Tm. 3, 8-13 Ainsi donc certaines communautés, notamment celle d'Ephèse où se trouve Timothée (Tm 1,2) avaient établi diacres aussi bien des femmes que des hommes ! D'ailleurs, dans sa lettre aux Romains, Paul recommande "Phoebé, notre sœur, diaconesse de l'église de Cenchrées" qui a été sa protectrice. (Rm 16,1)

A côté des diacres les Actes et les lettres de Paul nous font découvrir d'autres ministères, d'autres services :

- des "anciens", les "presbytres"; ils figurent à côté des apôtres  lorsque Paul vient à Jérusalem plaider la non-circoncision pour les convertis qui n'étaient pas juifs (Act 15,4). Ils figurent auprès des apôtres pour "examiner" cette grave question mais pour décider d'envoyer une délégation à Antioche.

"Si je t'ai laissé en Crète, écrit Paul à son fils dans la foi Tite, c'est pour y achever l'organisation, pour établir dans chaque ville des presbytres"[5]. Ils président l'assemblée (1 Tim 5, 17). Et Paul de donner à Tite quelques critères de choix : "Chaque candidat doit être irréprochable, n'avoir été marié qu'une seule fois, avoir des enfants croyants qui ne puissent être accusés d'inconduite et ne soient pas insoumis." (Act 4, 5; et 6,12; 1 Tit 1, 5)."Celui qui veillait à ce que cette communauté soit une communauté fraternelle présidait tout naturellement à la célébration du partage dans laquelle on signifiait cette communion avec le Christ ressuscité présent" [6]

- des "épiscopes", "épiskopein" en grec, c'est à dire les "intendants" au sens littéral et civil du terme, ceux qui sont chargés de "veiller sur". Paul dans la lettre à Tite (1,7) rappelle les qualités indispensables à un intendant des choses de Dieu : "ni arrogant, ni querelleur, ni buveur…capable à la fois d'exhorter dans la saine doctrine et de confondre les contradicteurs". (voir aussi 1 Tim 3, 1) Ils étaient chargés de veiller à l'authenticité de la transmission du message.

- des docteurs, dans l'église d'Antioche par exemple: "Il y avait dans l'église établie à Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabé, Siméon…et Saul" Act 13, 1. Le rôle des Docteurs : ils donnent un enseignement moral et doctrinal 1 Cor 14, 6, 26.

- des prophètes : ils s'appellent par exemple Jules et Silas  : ils furent choisis comme "délégués" pour apporter à la communauté d'Antioche les décisions de l'assemblée de Jérusalem.

Leur rôle est d'exhorter et d'encourager : le prophète "édifie, exhorte, console"(1Cor 14, 6). "Jude et Silas exhortèrent les frères et les affermirent par un long discours"  (Act. 15, 32) [7]

et aussi de scruter les Ecritures, rôle essentiel dans la démonstration aux juifs que Jésus est bien le Messie annoncé par toute les Ecritures. Ils actualisent la Parole de Dieu. Ils en sont les interprètes face à l'actualité. 

Nous voyons ainsi fonctionner une grande diversité de services; deux critères : les besoins de la communauté et les charismes constatés. Mais toutes les églises ne se ressemblent pas. Chacune a une physionomie propre. On ne s'embarrasse pas d'uniformité à ce plan là ! on parle bien des églises,  au pluriel. Il s'agit habituellement de "l'église de Dieu établie à Corinthe"  par exemple 1Cor 1,2. L'église ainsi désignée, c'est d'abord l'église locale, personnalisée.

De quels modèles se sont-ils inspirés ?
En ce qui concerne les anciens, les "presbytres",  le modèle vient du judaïsme : "quand il se fit jour, le Conseil des anciens du peuple se réunit, grands prêtres et scribes, en un mot  tout le Sanhédrin"  (Luc 22,66 et Marc 15, 1). C'est le début du jugement de Jésus le dissident.

Par contre pour la fonction d'épiscope, un "ancien" plus particulièrement chargé des fonctions de superviseur, (Tit 1, 5) le modèle vient certainement de l'organisation des villes grecques.   

Mais on constate surtout qu'il n'est pas question d'une fonction appelée "prêtres".

Dans le judaïsme, les prêtres, ayant à leur tête le grand prêtre, sont affectés au service du Temple et il n'y a qu'un seul Temple, à Jérusalem où ils offrent les sacrifices. Le prêtre y joue un rôle d'intermédiaire, de médiateur, de passage obligé. C'est l'homme du sacré et la charge est héréditaire.[8] Le "hiereus" ("sacerdos" en latin), c'était l'homme du sacré, l'homme désigné pour offrir les sacrifices dans le Temple, l'homme qui "fabrique" du sacré.

Jean le baptiste, fils de Zacharie, lui, était fils de prêtre; pourtant déjà loin et indépendamment du Temple et de ses sacrifices il prêchait dans une région désertique, pratiquait le baptême de conversion dans le fleuve du Jourdain.
 Jésus, par contre, est fils d'artisan; il n'est ni prêtre, ni scribe, ni docteur de la Loi. Aucun des apôtres, tous originaires de Galilée (sauf Judas seul judéen), n'était de famille sacerdotale : pêcheurs, collecteurs d'impôts, oui … mais pas de prêtres juifs !  Ainsi le modèle de la fonction de prêtre, homme du sacré [9], telle qu'elle était vécue dans le judaïsme n'a pas inspiré les premières communautés.    

Un autre fait peut nous aider à réfléchir. Paul est originaire de Tarse, ville située aujourd'hui  en Turquie, mais il n'en dit rien, de même sur sa citoyenneté romaine, ni sur le fait qu'il ait été disciple de Gamaliel, un pharisien réputé pour sa grand connaissance de la Loi (Cf. Act 5,34 ). Après son illumination prés de Damas, Paul ne monte pas à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui ont été les compagnons de vie de Jésus ( lettre aux Galates 1, 17). Il commence tout de suite à prêcher à Damas; menacé dans sa vie, il quitte la ville.[10] Il reste alors trois années en Arabie. C'est ensuite seulement qu'il monte à Jérusalem où il fait la connaissance de Pierre auprès de qui il passe quinze jours, quinze jours seulement, c'est bien peu ! on peut s'en étonner. Il y rencontre aussi Jacques, le frère de Jésus, qui est devenu le responsable de la communauté-église locale, mais aucun autre apôtre et il confesse lui-même qu'il était inconnu des autres communautés-églises de Judée.
Il le précise bien, et avec force ! Pourquoi ? sinon pour manifester la "marge d'initiative", voire une certaine indépendance dans son ministère vis à vis des responsables de la communauté-église de Jérusalem et même des 12 disciples devenus apôtres. Il repartira de Jérusalem aussitôt pour la Syrie, probablement Damas, et la Cilicie, peut être Tarse, où il restera trois ans !

Il sera envoyé en mission par la communauté-église d'Antioche. Avait-il besoin de cela ? pourtant le fait est là et il nous dit l'importance des décisions de  la communauté. Lui, le juif devenu disciple, il est envoyé par elle; le voilà "apôtre. Le mot même d'apôtre, on le réserve souvent aux douze; Paul dit: "pas question, moi je suis apôtre!" ", et il revendique haut et fort ce titre d'apôtre à côté des douze que Jésus a désignés (1Cor 1/1). Puis il nomme des femmes apôtres dans le XVIème chapitre aux Romains. Et quel est le déplacement? il y a les apôtres que Jésus a choisis; ça c'est "les douze"; ça c'est le monde juif, mais les apôtres après, ce sont les "envoyés par une communauté".

Plus tard, quand Paul recevra Pierre à Antioche, il se permettra même de lui adresser des remontrances parce qu'il ne "marchait pas droit selon la vérité de l'évangile". En effet Pierre avait  commencé de se mettre à table avec des non-juifs convertis; mais subitement, à l'arrivée de frères juifs de l'entourage de Jacques de Jérusalem, Pierre se met à l'écart (Gal 2, 12) comme un dissimulateur ! Paul réagit à l'hypocrisie et invective Pierre. Quelle époque !

Il y a d'ailleurs un texte qui est assez étonnant et qui montre bien le respect qui existe entre les bâtisseurs d'Eglises: quand Paul, dans la lettre aux Corinthiens dit: "Moi, je ne construis pas sur des fondations que d'autres ont posés". De fondements, il n'y en a pas d'autre à mettre que celui qui est déjà "le Christ Jésus".  Mais si Pierre ou Apollos ont posé les fondations, moi je ne construis pas sur leurs fondations; qu'ils achèvent leur bâtiment; moi, je fais les miens. Il y a donc le respect d'une diversité. On sait d'ailleurs que dans des communautés où Paul avait construit, édifié à partir de rien, des juifs de la communauté de Jérusalem sont passés et ont donné d'autres indications. Et Paul est furieux !  "Si d'autres, même un ange de Dieu, vous annonce un Evangile autre que celui que je vous ai annoncé, qu'il soit anathème"… Même un ange de Dieu...!

On a toujours présenté la vie des premières communautés comme étant la béatitude, ! pas du tout; il y a des tensions extrêmes. Ainsi des prises de positions contradictoires lors de ce que l'on a appelé le "Concile" ou la "controverse" de Jérusalem". Actes 15.

Les juifs ralliés à la foi chrétienne se considèrent comme juifs de plein droit; ils fréquentent le temple ou la synagogue, y prennent la parole, en totale fidélité au Dieu de leurs Pères, dans la fidélité à la loi de Moise ("Ceux qui croient sont fils d'Abraham"), mais ils se réunissent en outre en église.

Des heures tragiques vont être vécues par le peuple juif et dans tout le pays, de rébellions en émeutes, de répression en dévastation, jusqu'à la chute de Jérusalem, au pillage et à la destruction du temple en 70.

La communauté des croyants en Jésus sera dispersée mais quelque part vient encore de s'inventer une nouvelle fonction : un homme de la deuxième génération a commencé, peut-être à Rome et avant même 70, à mettre par écrit et en grec ce qu'il connaît des témoignages sur Jésus. Il invente un genre littéraire nouveau. Ce n'est pas de l'histoire; ce n'est pas du roman; c'est le témoignage de la foi d'une génération et quelque part des premières célébrations liturgiques de cette mémoire. Nous avons baptisé cette fonction de la belle appellation de "évangéliste".
Il ne sera pas le seul. Ils vont réinterpréter le passé d'une part à la lumière de leur vision du Jésus d'après le resurgissement, vivant, reconnu comme Messie et Seigneur, et d'autre part en fonction des problèmes, des oppositions, des controverses du temps présent.
Ainsi dans les premières communautés, les besoins et les charismes font naître les fonctions au service de la vie et de la mission de chaque communauté, dans une grande créativité, sans que l'on s'embarrasse d'uniformité. Hommes et femmes, célibataires ou mariés, pas d'exclusive. Les communautés de l'Eglise naissante ont usé d'une grande liberté pour organiser les ministères/services en fonction des besoins liés à la vie et à la mission de la communauté[11]. Et nous avons aussi pointé cette grande marge d'initiative de Paul, comme une réelle indépendance dynamique au souffle de l'Esprit,  une liberté d'esprit et de comportement par rapport à Pierre et aux autres apôtres. 

2) Aujourd'hui comment repenser la question des Ministères ? 

La rareté des "vocations" et la moyenne d'âge élevée du "clergé" (plus de 65 ans) font aujourd'hui de cette question un  problème brûlant. Mais rien ne servirait de chercher des solutions aux maux actuels dans de simples aménagements. Autant profiter de la situation pour procéder à un examen approfondi en axant la recherche à partir de la nature  profonde du christianisme. Ainsi on ne réduira pas la recherche sur la question des ministères au simple réexamen de la fonction du prêtre.

Il convient donc aujourd'hui de poser autrement la question des ministères. Au lieu de commencer par examiner les problèmes actuels  liés à la fonction du prêtre ou de l'évêque, ne faut-il pas aborder la recherche en partant des communautés et de leur rôle dans la société ? 

21) Communautés  

Ce qui nous semble premier et fondamental ici est le concept de Communauté.
La foi ne se vit pas isolément; elle ne se développe pas isolément; elle ne se célèbre pas isolément; Nous avons besoin de communautés. Une église, c'est  d'abord une communauté comme lieu d'apprentissage de la  fraternité et de l'égalité fondamentale. Ce que nous avons vu dans l'aperçu rapide de l'organisation et de la vie des premières communautés nous y renvoie; de même la déclaration "Lumen Gentium" du Concile de Vatican II (32). Elle n'est pas d'abord répartition en territoires administrées par un prêtre ou par un évêque avec une hiérarchie très pyramidale ! Pourquoi escamoter la question en rebaptisant communauté ce qui s'appelait paroisse ! Sauf dans les tout petits villages à l'écart des grandes agglomérations qui sont peut être restés une communauté restreinte localement , la paroisse, de par sa dimension et surtout en ville, ne peut plus suffire à ces besoins de reconnaissance personnelle, de partage, de solidarité active et de communion. Pourquoi donc tant d'anonymat et de passivité engendrés dans la plupart des églises paroissiales alors que, nous le savons, les hommes de notre temps aspirent à cette reconnaissance personnelle et à cette fraternité communautaire ? 

Quelques critères.

Peut-on envisager d'avancer quelques critères qui seront toujours considérés comme des critères de progrès, ce vers quoi il faut tendre, et non des critères statiques ?

Il convient d'abord d'envisager des communautés à taille humaine, où seront possibles la reconnaissance interpersonnelle, la solidarité, le débat, la progression dans la recherche de cette Bonne nouvelle à faire autant qu'à dire, la prière, la célébration et aussi la communion avec d'autres communautés dans la reconnaissance du service de communion de l'évêque. Les communautés de base sont l’Eglise de Jésus Christ en un lieu, ce qui est dit très clairement dans les adaptations apostoliques sur l’évangélisation de Paul VI, en décembre 1975, beaucoup plus que dans le Concile Vatican II; là, il y a une reconnaissance explicite de la communauté de base comme église.

Aussi regrouper des territoires, souvent sans même consulter les intéressés, image d'une administration non-démocratique, va certainement à contre-sens d'une revitalisation participative.
D'autre part aujourd'hui les solidarités sont devenues plus électives que territoriales. Les jeunes de 25-40 as, les jeunes couples habitent certes sur un territoire mais ils vivent en réseaux d'amitié, en réseaux d'activités culturelles ou sportives.

Mais la question primordiale est ici celle de "une communauté, pour quoi faire ?".
 La communauté n'est pas faite pour le salut individuel de ses membres mais bien "pour le salut du monde", pour reprendre une formule traditionnelle. Implantée sur un quartier, un village ou créée à partir d'autres solidarités, toute communauté doit s'interroger : Qu'est-ce que nos concitoyens sont en  droit d'attendre de nous comme Bonne nouvelle, en paroles mais surtout en actes ? en quoi sommes-nous des facteurs, des "fabricants" de bonnes nouvelles pour ce quartier, cette ville, ce milieu humain ? Dire Jésus Messie[12], qu'est-ce que cela signifie dans le train train du quotidien local ?
Le Messie, c'était l'annonce qu'un monde nouveau allait commencer, un monde où les aveugles voient, les sourds entendent, les exclus sont réintégrés...(cf. le magnificat Lc 1,46 et le discours de Jésus à Nazareth commentant Isaïe 61 (Lc  4,17). C'était un peu "le grand soir" pour certains !
Ce monde nouveau, en quoi notre communauté le fait-il advenir ? Les Communautés de base, en Amérique latine notamment, ont retrouvé cette dynamique fondamentale.

Comment donc sont perçus les chrétiens aujourd'hui ? comme des moralistes ? comme des conservateurs d'un ordre établi ? ou comme des créateurs de lien social, des militants de l'homme debout, des promoteurs de l'espérance ? Et ce, non seulement parce que l'un ou l'autre de ses membres est engagé dans une Association à but social ou humanitaire mais parce que la Communauté toute entière sait se mobiliser notamment pour et avec les plus démunis de la vie, pour le service du "frére". 

En faisant directement référence à la parole et à l'action de Jésus, il conviendrait de se demander en quelles circonstances Jésus a posé des signes qui ont permis à ses contemporains de découvrir un autre horizon, une autre manière de percevoir la vie en société, de désirer un monde de fraternité et de repenser alors leur propre place dans le monde ?

Quels sont ces gestes et ces paroles de Jésus qui ont fait apparaître un "plus être humain et social" qui s'est révélé porteur d'un sens libérateur et qui est devenu signe du "Royaume[13]", c'est à dire d'un monde nouveau ?

Quels sont donc aujourd'hui dans une société donnée les gestes et les paroles, les projets et les actions, les "lieux" qui peuvent être  porteurs de ce sens libérateur qui,  lui, peut devenir signe de ce Royaume et qui devraient donc être développés et mis en valeur par nos communautés ?  Cela passe aussi nécessairement par une analyse approfondie des valeurs et des défis de ce monde, (sans se lamenter comme d'habitude sur ses "vicissitudes") en s'attachant d'abord aux valeurs et défis des femmes et des hommes de ce temps. "Un chrétien transmet une vision du monde qui demande à être réalisée maintenant" (Sœur Joan Chittister/intervention à Dublin).

Comment donc ces communautés pourraient-elles ainsi être refondées en s'attachant à l'essentiel de leur signification ?  et  en redevenant signe, accomplir  un ministère de grâce pour le monde ? 

C'est tout le sens et le dynamisme de nos communautés qui est à réexaminer et à réinventer[14] sans cesse. Cette réflexion n'échappera pas à la nécessité d'un éclatement des unité anonymes que sont nos paroisses vers la multiplication de ces communautés à échelle humaine. Une célébration (mensuelle, peut-être) dans le cadre de la paroisse pourrait alors signifier la communion de ces diverses communautés de base. Cette orientation devrait être initiée et facilitée par les responsables en place, prêtres et équipe pastorale. Par le fait même, cet éclatement conduirait alors la communauté vers une plus grande responsabilité d'elle même. De nombreux chrétiens, femmes et hommes, accepteront sans nul doute de se voir choisis et mandatés par la communauté pour conduire cette recherche, retrouvant ainsi le sens de la responsabilité collective et  la créativité dont ont fait preuve nos frères des premières communautés croyantes.

Nous devrons ainsi accepter une très grande diversité dans la forme de ces communautés, notamment dans leur taille, leur homogénéité ou leur présence au monde[15]. L'uniformité est certainement la meilleure ennemie d'une incarnation fidèle. Pourquoi faudrait-il donc que l'uniformité soit le garant de l'unité ? l'unité découle de la communion. Ne faut-il pas que la présence continuelle et attentive de l'évêque, en personne ou par ses délégués, signifie et assure cette communion ? Ce qui pose le plus problème parfois, c'est la communion de l'évêque aux communautés. Si l'évêque se prend d'abord pour une courroie de transmission de Rome, et non l'inverse, il n'est pas en communion avec ces communautés. Comment la réalité très concrète des communautés d'un diocèse pourrait-elle être respectueusement perçue par lui, dans la mesure s'il reste finalement très absent, très peu en contact ? et comment leur écho peut-il alors remonter auprès des autres frères évêques dont l'évêque de Rome ? la communion de l'évêque à ces communautés ne serait-elle pas déjà un critère fondamental ?
Tache impossible, dira-t-on ! pourquoi donc ? si tel est l'objectif, prenons en les moyens. Pour rapprocher l'évêque, diminuons la taille des diocèses et augmentons le nombre d'évêques. Qu'est-ce que l'Eglise a à gagner de copier les découpages de la société civile ? par une telle redistribution elle y perdra en notabilité, mais y gagnera très certainement en attentive et respectueuse présence de terrain.

Et comment restaurer cette responsabilité des communautés dans l'appel aux services /ministères[16], quels qu'ils soient d'ailleurs, et ainsi renforcer en retour la responsabilité des ministres devant ceux qui les ont ainsi portés à ces fonctions ?
L'intégration de critères sur les bases indiquées plus haut ne pourrait-elle pas être le socle de l'authenticité d'une vie de communautés ? 

Quelques Perspectives :

1- Placer les communautés-églises  en tête de la réflexion sur l'organisation de la Communion. Ce sont elles qui en constituent le tissu vivant; cela équivaut en somme à retourner la pyramide pour la faire reposer sur sa vraie base.

2- Rappeler que la communauté n'est pas d'abord ordonnée à elle même; ni pour la sanctification individuelle de ses membres; elle ne prend son sens que dans la dimension de l'annonce de la Bonne nouvelle pour accompagner le monde dans son évolution vers son plus-être que Jésus appelle le Royaume. Elle se définit donc dans son être avec Jésus pour le service du monde.

3- Stopper les solutions de facilité qui consistent à créer des super-paroisses, regroupements artificiels, que l'on baptise district ou autre, pour le motif essentiel qu'il n'y a pas assez de prêtres et  de manière à conserver l'éternelle équation : 1 paroisse ou 1 district = 1 prêtre[17].

4- Très pratiquement, au lieu de construire de nouveaux temples pour ds paroisses territoriales, privilégier plutôt la construction de Centres communautaires ou d'accueil, de ce que nous pourrions appeler des "églises de maison" adaptées à ces multiples réunions d'échange et de partage créatrices de lien et constitutives de communautés à taille humaine. 

22) Besoins et Charismes 

 Une fois posée la base de toute réflexion en ce domaine (à la fois globale - ici à peine ébauchée - et ponctuelle, locale, participative), la question des ministères peut alors être introduite comme réponse aux besoins de ces communautés : de quels services ont-elles réellement besoin pour se créer, vivre, se développer et essaimer ?

Pour que la foi soit annoncée,  la célébration assurée,  la charité exercée, la gestion matérielle assurée et l'animation de l'ensemble assurée; de ces exigences posées  partent les communautés de Poitiers qui le désirent pour s'organiser. Ce sont elles qui doivent s'interroger, de telle sorte que les services/ministéres ne seront pas uniformes d'une communauté à l'autre.  

Nous savons aujourd'hui que du Ier au IIIème siècle la présidence du repas du Seigneur n'était pas liée à une consécration; c'étaient bien plutôt des hommes et des femmes chargés de cette mission par la communauté qui présidaient cette cérémonie. Celui qui présidait à la Communauté présidait de ce fait à l'Eucharistie. Ce n'est qu'au IIIème siècle qu'apparut l'idée qu'il fallait une consécration pour célébrer le repas du Seigneur. Et la catégorie sacerdotale qui vit ainsi le jour ne peut être imputée à Jésus; elle a été créée par l'Eglise. Cette dernière a arrêté les conditions déterminant la fonction du prêtre. Il ne s'agit donc aucunement d'un dogme auquel on ne saurait renoncer et d'après lequel un prêtre est nécessaire à la "validité" de la célébration eucharistique[18]. Jésus signifie son message : construire un monde de partage et de fraternité, par ses paroles certes (aimez-vous!), par son attitude et ses gestes pour restaurer dans leur dignité sociale les pauvres et les exclus de la société et de la religion, mais aussi par le partage du pain qu'il demande à tous de réinventer en souvenir/témoignage de lui. "Ce partage, c'est moi ! faites de même."

La communauté aura ainsi à cœur de célébrer son action du mois écoulé, par exemple, dans la mouvance du geste du Seigneur.

D'autre part aujourd'hui la demande est forte de voir en "celui qui préside" celui qui témoigne aussi par sa vie, qui donc participe à la vie de la cité comme tout  chrétien bien inséré, risquant sa foi dans un travail salarié, une vie de famille[19], des engagements sociétaux. Pourquoi celui ou celle qui a la charge de présider à la communauté chrétienne serait-il dispensé d'incarnation ? [20] "Nous ne sommes que des hommes !" dit Paul. 

Au delà du service de présidence et de communion, les communautés ont aussi besoin d'autres services.
Les besoins sont multiples; les charismes sont divers. Les Actes nous parlent de prophètes, docteurs...Aujourd'hui nous parlons de catéchistes, administrateurs, responsables de la liturgie...; mais comme ces dernières fonctions ne sont que des taches bénévoles et temporaires sous la direction d'un prêtre, lui permanent et salarié, elles ne sont malheureusement pas souvent reconnues au grand jour par une mission spécifique.

En fonction de la "manière d'être-au-monde" de la communauté, bien d'autres taches réellement significatives (en interne et surtout à l'externe) seraient nécessaires comme nous l'avons dit précédemment, et notamment l'écoute et le service des plus pauvres de la société. Cette préoccupation permanente serait alors perçue comme une dimension constitutive de la communauté des croyants, constitutive et non pas marginale, en annexe en somme, comme c'est le cas souvent aujourd'hui, telle l'action "charitable" et à titre d'engagement personnel de quelques personnes, souvent âgées, dans le cadre d'une organisation comme le Secours Catholique. Ces taches devraient alors faire l'objet d'une recherche et d'une créativité particulières qui éveilleraient, orienteraient et mobiliseraient les énergies de la communauté.

Mais tout ministère-service a obligatoirement une dimension communautaire et collégiale; il ne saurait s'exercer sans la participation de la communauté pour laquelle il est service; et il n'a pas de dimension hiérarchique ou de préséance, même s'il requiert des temps de présidence fonctionnelle. Rien ne s'oppose d'ailleurs à la multiplication de mandats limités dans le temps. 

Place des femmes.

Il convient d'ailleurs de réfléchir particulièrement à la place des femmes parmi ces ministères/services.Les arguments invoqués par différentes églises pour les écarter d'une reconnaissance officielle dans ces responsabilités comme l'exemple de Jésus, la pratique des apôtres et de l'Eglise-institution[21] ou le symbolisme de la représentation du Christ par le ministre ordonné pèsent d'un poids qui va progressivement en diminution dans l'esprit des chrétiens ou les déclarations de théologiens. (voir la page "femmes inférieures" et "Dix raisons pour ne pas ordonner ... des hommes !" (un peu d'humour face à l'aveuglement !)

Lorsqu'on considère comment les premières communautés, éditrices des évangiles, ont mis en avant la place des femmes dans la passion alors que tous les apôtres s'étaient enfuis, et le rôle primordial des femmes dans le premier sursaut fondateur du christianisme, la première annonce du "Il est vivant"[22], lorsqu'on considère le rôle des femmes dans la naissance de l'Eglise et probablement à la présidence par certaines d'entre elles des premières communautés, lorsque enfin on tient compte d'une manière plus générale du nécessaire équilibre homme-femme dans la construction d'un plus-être en humanité, on mesure le chemin que  devrait parcourir l'Eglise aujourd'hui à la fois dans son organisation interne et dans sa promotion d'un monde nouveau. Comment donc nos représentants (non élus, il est vrai !) peuvent-ils donner tant de conseils au monde sur la promotion des femmes ou la participation citoyenne si l'église en interne s'avère incapable de l'expérimenter ? Nous ne sommes pas devenus disciples pour suivre les traces d'un passé mais pour nous inciter à entretenir l’esprit du Christ dans le moment présent ? "Je ne cherche pas à suivre la trace des anciens. Je cherche ce qu’ils ont eux-mêmes cherché !" écrivait le poète Basho ! [23] 

Vatican II a remis en vigueur l'ordination au diaconat d'hommes mariés mais il a oublié les femmes ! Considérons donc que ce n'était qu'un premier pas, une première étape, mais il conviendrait de le dire et de s'y préparer pour rendre l'espoir aux chrétiens !
Le premier Congrès mondial pour l'ordination des femmes qui s'est tenu à Dublin fin juin 2001 sous le titre "Appel des femmes à une prêtrise renouvelée" a réuni 345 participants venus de 27 pays : d'Europe (dont 10 français), d'Afrique (Ouganda..),  d'Amérique (Canada, Etats-Unis), d'Asie (Japon, Inde, Pakistan), d'Australie même[24]. Rome  a essayé de le boycotter. En vain ! Rome vient même de s'opposer récemment à la mise en place de formations spécifiques pour des femmes qui veulent s'y préparer. Ce comportement ne fera que retarder l'arrivée d'une ère nouvelle; il ne l'entravera pas[25]

Citons ceci à titre d'illustration : le 15 août 1972 le Motu proprio "Ministéria quaedam" supprimait les ordres mineurs et retenait les ministères d'acolyte et de lecteur; mais il les réservait aux laïcs hommes, excluant explicitement les femmes. Comme une ironique contradiction par les faits, les statistiques nous apprennent que sur 220.000 catéchistes, 80% sont des femmes, et que sur 13.000 animateurs d'assemblées dominicales en l'absence de prêtres (ADAP[26]), 70% sont encore des femmes ! [27] Ces statistiques devraient, s'il le fallait,  nous ouvrir les yeux ! Pourquoi donc nos évêques sont-ils aujourd'hui dans l'incapacité de prendre les moyens de la situation ? Comment alors comprendre leur responsabilité pastorale personnelle ? les évêques ne sont pas destinés à être les préfets de Rome !

 Nous sommes témoins d'un scénario catastrophe : les enfants ont faim et ceux qui s'en estiment les parents (nos évêques) ne sont pas en mesure de leur assurer le pain quotidien ! Faut-il qu'une communauté renonce par exemple à l'Eucharistie pour la simple raison qu'aucun "prêtre" ne peut la présider ? [28]

Et pourquoi donc lorsqu'un chrétien dûment qualifié a assuré un service d'accompagnement dans une catéchèse, une récollection ou auprès de malades dans un hôpital, devrait-il faire appel à un "prêtre" étranger à la situation pour donner signification sacramentelle à la démarche ?

 La charge de l'évêque de Rome

Il en est dans l'Église comme dans beaucoup de corps constitués : comment débloquer des situations et rendre sa place à la créativité dans l'adaptation aux besoins de base si l'on ne met pas fin aux blocages qu'un pouvoir autoritaire institue pour assurer sa propre survie ?
Bien des évêques ou des Cardinaux se sont prononcés pour une profonde réforme de la Curie et du rôle de celui qui que l'élection a placé à la tête de la communauté de Rome[29].

 Quelques Perspectives

1- Ne jamais traiter de la question des ministères sans parler d'abord des communautés; le ministère n'est pas un en soi. Il est service de la communauté.

2- Identifier les charismes et susciter des animateurs parmi les chrétiens reconnus et  localement appréciés; leur donner les moyens d'accéder à une meilleure réflexion sur leurs propres raisons de croire et sur leur service d'Eglise sans les isoler ni du monde, ni de leur communauté. Investir dans une formation approfondie, mais ouverte et participative en la décentralisant.

3- Arrêter de nous boucher l'avenir à grands coups d'infaillibilité, notamment sur la place de femmes dans les "services/ministères" ! personne n'a le droit  de considérer un débat comme "définitivement clos" sans tomber dans l'absolutisme/ totalitarisme de la pensée.

4- Proposer aux prêtres mariés qui le désirent de réévaluer avec eux, dans un dialogue fraternel et non plus hiérarchique, les services de communautés que certains exercent déjà ou celui qu'ils proposent ou dont il sont capables pour répondre à des besoins nouveaux. 

23) Tournés vers l'espérance 

Verrons-nous les  évolutions que nous préconisons ?

Probablement non, pour la plupart. Mais ne serait-il pas préférable pour certains responsables de mesurer leurs propos : affirmer par exemple que l'ordination de femmes à la prêtrise, voire à l'épiscopat, dans l'Eglise catholique relève d'une impossibilité fondée sur la doctrine n'est pas de même nature que de dire simplement : cela ne semblait pas être opportun dans l'immédiat, mais étudions sérieusement la question; voyons pourquoi et comment nos frères d'autres confessions chrétiennes ont agi différemment ! Nous savons que toute évolution est progressive et ne se fait pas sans une réflexion et une préparation des esprits étalée dans le temps.

Mais surtout il convient donc d'ouvrir les voies par le dialogue, par le débat et par l'expérimentation. Cette unité catholique qui semble faire la force de notre Eglise ne devient-elle pas alors une faiblesse lorsque elle entraîne l'obligation d'une uniformité qui ne doit son origine que dans la volonté historique d'asseoir un pouvoir centralisateur, mais qui ne doit rien à la volonté de Jésus !

Devra-t-on alors regretter de ne pas bénéficier de la souplesse dont font preuve nos frères chrétiens anglicans ?  Alors du courage - et il en faudra encore car la patience du peuple de Dieu est mise à rude épreuve ([30]) - mais surtout rendons espoir à tous ceux qui de prés ou de loin sont attentifs à cette rénovation en profondeur. ------------------------------

Oui, J'ai rêvé !

Un jeune homme entre en rêve dans un magasin.

Derrière le comptoir se tient un bel ange. 

Le jeune homme intrigué lui demande: "Que vendez-vous ici ?"

L’ange lui répond : "Tout ce que vous désirez !"

Alors le jeune homme, généreux, se sent pousser des ailes

et il commence à énumérer :

"Si vous vendez ce que je désire, alors j’aimerais bien :

la fin des guerres dans ce monde,

la fin des bidonvilles en Amérique Latine,

l’intégration dans la société de tous les marginaux,

du travail pour tous les chômeurs,

plus d’amour et de vie communautaire dans l'Eglise…"

 

L’ange lui coupe la parole :

"Excusez-moi, Monsieur, nous avons dû mal nous comprendre.

Ici nous ne vendons pas de fruits;  
nous ne vendons que des graines."


1. Les historiens pensent qu'il en a été ainsi jusque vers l'an 135, les disciples de Jésus représentant alors un courant de la tradition juive,"les adeptes de la Voie" selon l'expression utilisée par les Actes 9, 2 ou encore les disciples de la Voie (18, 25 et 18, 26). Il n'en sont pas encore une dissidence ! "Il y a des juifs chrétiens comme il y a des juifs sadducéens, des juifs pharisiens, des juifs esséniens".  Cf. Aux origines du christianisme Gallimard 2000 p.295 
On voit d'ailleurs bien des fois Paul prêcher après les lectures habituelles dans les synagogues des pays où il passe: à Thessalonique par exemple Act 17, 1, à Bérée 17,16, puis à Athènes même 17,17. Il y était chez lui ! Pouvait-on d'ailleurs se priver des services de la synagogue, de sa bibliothèque, de son bain rituel, de ses écoles et de son tribunal  ! Les juifs disciples de Jésus  (disciples de Jésus de Nazareth d'où l'appellation de nazôréens pour les uns, disciples du Christ d'où l'appellation de chrétiens pour les autres )  ne seront expulsés des synagogues que plus tard. En témoigne l'évangile de Jean en 9, 22 lequel n'a été écrit que vers la fin du premier siècle. L'apologétique chrétienne nous véhiculera une toute autre vision !

2. Le Sanhédrin regroupait le et les grands prêtres, les anciens et les scribes ….Jésus n'avait parlé devant le grand sanhédrin qu'après son arrestation Mc 14,53

3. Cette appellation de "diacres" n'est ici donnée que pour traduire le terme grec "diaconoi".Le rapprochement avec ce que nous connaissons de la fonction des diacres d'aujourd'hui est à faire avec prudence. 

4. Très probablement ce sont les hellénistes qui ont du quitter Jérusalem; leurs positions résumées dans l'intervention mise sur la bouche d'Etienne révélait des positions assez divergentes d'avec les autres disciples, juifs convertis de Galilée ou de Judée, au sujet du rôle du Temple et des sacrifices. 

5. Paul et Barnabé "désignèrent des presbytres dans chaque église" Act 14, 23. C'est aussi aux "anciens" de Jérusalem que fut remis par Barnabé et Saul le fruit de la collecte organisée auprès des frères d'Antioche pour les frères de Judée. Act 11, 30.

6. "Les femmes dans l'avenir de l'Église" Evangile et modernité Grenoble 2000, M. Jeanne Bérére p. 34

7. Voir aussi 1 Co 14, 1 Co 13, 2; Ephésiens 3, 5; Romains 16, 25.

8.  Héréditaire depuis que Moïse a confié cette charge à la famille d'Aaron. (Cf. la réforme de Josias : 2éme livre des Rois 23, 5-9)  Toutefois  à l'époque de Jésus les grands prêtres sont en fait plutôt désignés par l'autorité politique, par les romains occupants du pays.

9. L'auteur de l'Epître aux Hébreux attribue à Jésus seulement  le titre de prêtre, "grand prêtre"  (4,14), seul médiateur. Jésus lui-même ne se l'est jamais attribué. Et depuis, nul n'est fondé à se dire médiateur. Ainsi les termes de prêtre et de sacerdoce sont ici inadéquats. Vatican II a d'ailleurs remplacé systématiquement dans ses déclarations le mot "sacerdotal" par "ministériel" qui évoque le service. Nous emploierons ici à dessein l'expression générale (bien que tautologique, cependant !)  de services/ministères. Le Concile parle ainsi de "ministère presbytéral" pour désigner ce service de présidence et d'unité de la communauté. 

10.  Sa vie va aller de fuite en fuite pour éviter les dangers qui le menacent à Damas (de la part de ses propres corrélégionnaires, les juifs de la synagogue, mais aussi à  Jérusalem plus tard où, là, ce sont les hellénistes qui veulent sa mort. 

11. Malheureusement au cours des siècles qui suivront le rôle de la communauté va s'estomper. Certains estiment que c'est Origène qui au IIIme siècle aurait réintroduit la caste sacerdotale de l'Ancien testament avec tous ses pouvoirs  sur le modèle de l'empire romain : l'empereur au sommet tel un dieu; la plèbe, tout au bas de l'échelle; et toute une hiérarchie comme intermédiaire ! Revue Jonas 22/8

12. "Jésus Messie", n'est-ce pas la traduction de "Jésus Christ", titre, et pas nom personnel, dont le sens s'est peu à peu estompé à force de répétition ! C'est d'ailleurs tout un vocabulaire qui a perdu de son sens et qu'il faut réinventer, pour les chrétiens , mais aussi  pour le monde ! le disciple de Jésus se dit "chrétien", c'est à dire celui qui se place dans la mouvance du Messie, donc de ce monde nouveau à faire advenir. 

13. "Royaume" ! se rappeler d'abord que le royaume de Dieu est "déjà parmi nous", aujourd'hui, oui aujourd'hui ! S'il est de l'ordre de "l'advenir", cette dimension eschatologique marque seulement la progressive transformation du monde toujours tendu vers un plus et la responsabilité des "fils de lumière", ceux qui ont compris et s'engagent dans "la voie". Relire Theillard de Chardin dans cette perspective. Mais ce mot lui-même de "royaume" ne peut être que mal perçu chez nous qui avons aboli la royauté ! Il faut le réinterpréter, en réinventer l'expression sans en perdre l'esprit ! 

14. "Celui qui croit en moi fera lui aussi les choses que je fais; il en fera même de plus grandes" (Jean 14, 12). Jésus éveillait les consciences. C'était un "éveilleur", ce qui diffère singulièrement du comportement de celui qui asséne des "vérités". 

15. Les conditions de vie sont tellement différentes à Paris, à New York, à Bamako ou dans les faubourgs de Santiago du Chili ! D'autre part il n'y aura pas d'inconvénient, bien au contraire, à ce que certains groupes intègrent pour leurs recherches des personnes en recherche, voire des incroyants dans la mesure où ils désirent aussi se mobiliser  sur tel objectif d'humanisation, de fraternité et de solidarité.

16. "la nomination des episcopoi et des diaconoi doit se faire avec l'approbation de toute l'Eglise" dit en 96 Clément de Rome. "Elisez-vous donc des évêque et des diacres dignes du Seigneur" dit la Didaché. Et même vers 220, "Qu'on ordonne comme évêque celui qui a été choisi par tout le peuple" dit la tradition d'Hippolyte de Rome. Incroyable ! où en sommes-nous aujourd'hui ?

17. On fabrique aujourd'hui des "super paroisses" et on dit aux gens : rassemblez-vous parce qu'il faut des eucharisties massives, nombreuses etc. et pendant ce temps on tue l'Eglise dans des lieux de vie. Il vaut mieux que les gens se réunissent là où ils sont même s'il n'y a pas toujours de communion au pain. Ils ont la parole de Dieu; qu'ils la partagent; et ils font Eglise… et il y a le corps du Christ, et c'est le bon. 

18. Des 3 critères que sont : être masculin, non marié et se vouer au célibat, aucun n'est nécessaire à l'exercice de la présidence d'une communauté. Nos frères anglicans l'ont bien compris et depuis longtemps, eux qui ordonnent des femmes à ces ministères  depuis 30 ans ! les premières femmes ordonnés à la prêtrise le furent à Hong Kong en novembre 1971.Au Canada, l'ordination de femmes  fut permise après 1975. Aujourd'hui les femmes diacres et prêtres y représentent 10% du clergé. Mais l'Eglise d'Angleterre ne prit la décision qu'après de longs débats, très participatifs d'ailleurs, en novembre 92. (source Haag, Partenia/prof Haag +) 

19. Ne pas oublier que en 1971, au Synode de Rome sur le Sacerdoce ministériel, 45% des évêques membres se sont déclarés favorables à l'ordination d'hommes mariés, la décision appartenant au Pape, pour des cas particuliers.

20. Ah, les beaux discours sur le prêtre "homme séparé",  "mis à part", tellement séparé qu'on a abouti à enlever beaucoup de crédibilité à des hommes de foi souvent très dévoués mais au  discours nécessairement désincarné ! 

21. Quelques documents :
- En 1976 "Inter insignores" de Paul VI : L'Église ne l'a jamais fait !
- 1988 Mulieris dignitatem" de Jean Paul II : opposition au sacerdoce féminin tout en magnifiant la dignité et la vocation de la femme !
- 30 mai 1994 "Ordinatio sacerdotalis" avec ce geste intempestif de Jean Paul II annonçant qu'il fallait considérer ce refus de l'ordination des femmes comme une question définitivement close ! et pourtant, durant le régime communiste,  l'église souterraine en ex-Tchécoslovaquie a estimé normal d'ordonner des femmes. N'est-ce-pas d'ailleurs lorsque les églises sont confrontées à des problèmes vitaux qu'elles se réapproprient une responsabilité et une autonomie dont elles n'auraient jamais du se départir. Il suffit de se rappeler entre autres comment l'expérience des prêtres prisonniers de guerre ou des prêtres ouvriers et l'expérience des communautés de base ont fait ou font évoluer les conceptions et les pratiques ! 

22. A une époque où le témoignage des femmes était selon la loi irrecevable !

23. La "Requête" qui a donné naissance au Mouvement "NSAE-Nous sommes aussi l'Eglise "postule"- pour l'égalité des femmes et des hommes et donc pour l'accès des femmes à tous les ministères ecclésiaux, - pour un libre choix de l'état de vie – célibat ou mariage - pour tous les hommes et les femmes qui se mettent au service de l'Eglise". Voir Site NSAE/Requête.

24. On en trouvera les conclusions ainsi que le remarquable discours d'une religieuse bénédictine, sœur Joan Chittister, sur le Site de NSAE : hhtp://nsae-france.tk  En voici un extrait seulement :
"Aux États-Unis, une fillette de cinq ans qui demandait à ses parents pourquoi il n’y avait pas de femmes prêtres dans leur paroisse s’est vu répondre simplement ceci : "Parce qu’il n’y a pas de filles prêtres dans notre Église". La fillette réfléchit quelques instants puis rétorqua : "Alors, pourquoi la fréquente-t-on ?".  

Nous sommes loin du dynamisme de l’Église des premiers temps où Prisca, Lydie, Thècle, Phébée et des centaines de femmes comme elles ont célébré dans leur maison, ont été des disciples de Paul, le pressant, selon ce que nous rapportent les Écritures, à évangéliser telle ou telle région, ont instruit le peuple dans la foi et présidé de nouvelles communautés chrétiennes sans devoir s’en excuser, sans soulever de débats et sans faire l’objet d’un chassé-croisé théologique à savoir si elles présidaient in persona Christi ou in nomine Christi." "l’Église doit non seulement prêcher l’Évangile, mais ne doit pas y faire obstacle." "Comment une Église, comme celle-là, peut-elle convaincre le monde de pratiquer une justice qu’elle n’exerce pas, et cela, au nom même de la justice.  
Comment l’Église peut-elle demander à d’autres institutions de traiter les femmes comme des êtres humains à part entière créés à l’image de Dieu, alors que c’est précisément à cause de cette nature que l’Église les exclue au nom de Dieu ?" 

25. Evangile et Modernité / Collectif  Jacques Gaillot 38 a consacré ses rencontres au problème des Femmes dans l’Église, avec une conférence de M.J. Berère et M. Dubesset publiée dans une brochure "Les femmes dans l’avenir de l’Église".Cf. Site NSAE http://nsae-france.tk/evangile_modernite2042.htm  Un extrait : "L’Église n’a pas peur des femmes mais de la féminité." (p. 40)  "Il faut dépouiller notre Église, autant qu’on pourra le faire, de toute sacralité religieuse." (p.41) "Alors le refus de toute sacralité dans l’ordination à la prêtrise, ça pourrait bien aboutir à ce que ni le sexe masculin, ni le célibat ne soit plus imposé aux ministres prêtres." (p.42) 

26. Etrange appellation, au contenu théologique discutable ! si ce n'est qu'une étape, alors ! 

27.  le Monde du 31 mai 1994 p.12 en faisait déjà état; mais les chiffres sont certainement à majorer aujourd'hui. 

28. Le professeur de théologie Haag, récemment décédé, a longtemps rappelé ce qui apparaîtra un jour comme une évidence ! Il convient de "se demander si on n'accorde pas indûment la priorité à une loi de l'Eglise (l'obligation du célibat. Ndlr) sur les nécessité d l'identité ecclésiale et les impératifs de la mission" Jonas 22/13 

29. A 95 ans le Cardinal Franz König parcourt aujourd'hui encore le pays en tous sens pour dénoncer "la surcharge" qui pèse sur les fonctions pontificales, le "poids" que représente l'œcuménisme, la politique administrative "indigente" de la Curie romaine et la "peur" que l'on pressent derrière. (A ce sujet: on trouve dans la Bible 57 fois la phrase "Ne craignez pas!") Le Cardinal John Quinn, ancien Président de la Conférence des Evêques des USA, a écrit un livre sur l'urgence incontournable imposée à une réforme du style de gouvernement pontifical; et il a pu même le remettre personnellement au Pape Jean-Paul II. Le Cardinal Carlo Martini, archevêque de Milan, a "rêvé de l'Eglise" lors du Synode des Evêques d'Europe à l'Automne 1999: une participation plus grande accordée en droit aux évêques, dont devrait débattre une assemblée ecclésiale future. Le Cardinal Godfried Daneels, archevêque de Bruxelles et Malines souhaiterait que soit institué un "conseil de la couronne" permanent, destiné à conseiller le Pape, comme Paul M. Zulehner en a eu également l'idée. 
C'est une "Common Ground Initiative" qui a été le testament du défunt Cardinal Joseph Bernardin, archevêque de Chicago: des réunions régulières de responsables de l'Eglise et de laïcs destinées à débattre et prendre des décisions en commun.
Et le testament du Cardinal Basil Hume, archevêque de Westminster : un "gouvernement de l'Eglise sur la base de la coopération". 
Les  synodes des évêques de tous les continents ont réclamé une décentralisation des prérogatives ecclésiales, tout autant pour la formulation des articles relatifs à la foi et aux moeurs que pour des questions d'organisation telles que les nominations d'évêques: et ce dernier point est exactement ce que le groupe de travail réuni autour de Alois Kothgasser, évêque d'Innsbruck, a récemment recommandé à juste titre.
Il nous faudra encore un peu de patience : demander au cours de ce pontificat de Jea Paul II encore un sursaut provoquant le renouveau au sein de l'Eglise serait inhumain. Mais le Pape de demain ne pourra s'opposer à l'appel qui retentit jusque dans les coins les plus reculés du monde: les évêques ne sont pas les vicaires généraux du Pape. Les diocèses ne sont pas des filiales de Rome. "Ce qui concerne tout le monde doit être débattu et décidé par tous." C'est là un principe de l'Eglise qui remonte au 5ème siècle.
 
Les évêques ne sont pas les "émissaires du Pape", ni même là "pour exécuter, comme beaucoup le prétendent, les instructions du Pape", selon les paroles du Cardinal Franz König malheureusement à la retraite. Faut-il donc attendre d'être à la retraite pour prononcer des paroles plus courageuses !
30
. Comme le disait l'archevêque de Vienne Mgr Schönbron ! 

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Mise à jour le lundi 15 novembre 2010