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Jouer Ramallah contre Gaza, c’est choisir la politique du pire

publié le mercredi 11 juillet 2007 (LE MONDE  09 07 07)

 A peine Mahmoud Abbas venait-il de former un gouvernement d’urgence pour répondre à la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, qu’Américains, Européens et Israéliens annonçaient la fin des sanctions économiques à l’encontre de l’Autorité palestinienne et proclamaient leur soutien au président palestinien pour lutter contre le Hamas. Ces élans de sympathie, comme les larmes de crocodile versées sur la tournure tragique que viennent de prendre les divisions interpalestiniennes, sont malvenus de la part de gouvernements dont la responsabilité dans cette situation est écrasante. 

Après avoir privé l’Autorité palestinienne de ses ressources financières et l’avoir ainsi privée du peu qui lui restait de sa capacité à exercer son pouvoir, après avoir poussé les Palestiniens dans une régression économique et sociale catastrophique, après avoir sapé la politique de cooptation de l’aile pragmatique du Hamas choisie par Mahmoud Abbas, après le refus américain et israélien de reconnaître le gouvernement d’union nationale formé grâce à la médiation saoudienne en mars de cette annee... en un mot, après avoir créé les conditions d’un chaos économique et d’une confrontation politique radicale, les pompiers pyromanes alimentent encore l’incendie en renforçant la division entre Palestiniens. 

Il  faut certes reprendre l’aide directe à l’Autorité palestinienne, mais jouer Ramallah contre Gaza, c’est opter pour la politique du pire. Conforter une situation dans laquelle la bande de Gaza est exclue des contributions financières internationales et dépendante de l’assistance humanitaire, c’est élargir encore le fossé et approfondir le ressentiment. Confier à Mahmoud Abbas la mission de réduire le Hamas par la force, avec un appui financier et militaire israélien et américain, est d’une candeur criminelle. C’est promettre au président palestinien le sort d’Hamid Karzaï en Afghanistan. C’est créer les conditions d’une fragmentation politique et vouer la Cisjordanie à un sort semblable à celui de la bande de Gaza. 

Même si l’idéologie et le modèle de société du Hamas soulèvent de vives inquiétudes, celui-ci reste un mouvement enraciné dans la société palestinienne grâce à son travail social. On ne le détruira pas par les bombes. Les courants religieux et jusqu’au-boutistes, qui coexistent en son sein avec d’autres, plus nationalistes et pragmatiques, ont toutes les chances d’être confortés par l’impasse dans laquelle on enferme la bande de Gaza. Nul n’ignore que les partisans d’AI-Qaida s’y implantent et prospèrent sur le terreau du désespoir et de la radicalisation. 

Seule une perspective réelle de règlement du conflit et de fin de l’occupation peut à la fois transcender les divisions palestiniennes et réduire l’influence des radicaux. Les autorités israéliennes déclarent voir en Mahmoud Abbas le partenaire pour la paix qu’ils attendaient... après n’avoir eu de cesse de l’affaiblir, même avant la victoire du Hamas aux élections de janvier. Sont-elles prêtes de leur côté à devenir de réels partenaires pour la paix ? Le désastre auquel nous assistons aujourd’hui est le fruit amer de quarante ans d’occupation et de l’échec d’un processus de paix dont le gouvernement israélien a largement contribué à saper les bases, en confisquant toujours davantage de terres pour poursuivre la colonisation de la Cisjordanie, en réprimant dans le sang le soulèvement populaire palestinien d’octobre 2000, en démantelant l’Autorité palestinienne, en annexant de facto la partie arabe de Jérusalem afin d’empêcher, sans même s’en cacher, la perspective qu’elle devienne un jour la capitale palestinienne. 

La création d’enclaves en Cisjordanie par les infrastructures routières et sécuritaires de la colonisation détruit l’assise territoriale du futur Etat. Nous le constatons sur le terrain depuis des années, et I’OCHA (le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires) s’en est récemment alarmé. Aujourd’hui, c’est l’unité politique palestinienne qu’une approche grossière de la crise actuelle risque de compromettre durablement. Sans territoire cohérent et sans unité politique, il n’y aura pas d’Etat palestinien viable ! Il est donc vital de restaurer l’une et l’autre. Pour cela, la communauté internationale ne fera pas l’économie d’un rééquilibrage d’une approche diplomatique dont la complaisance avec le gouvernement israélien a largement contribué à rendre l’équation de la paix chaque jour plus insoluble. Les dirigeants européens ont tout intérêt à se distinguer de l’approche américaine du Proche-Orient, fondée sur la force et dont le fiasco n’est plus à démontrer, et à lancer des initiatives originales pour renforcer dans la région une capacité d’influence. En particulier en appuyant l’initiative de la Ligue arabe, qui propose à lsraèl une reconnaissance en échange d’un retrait complet des territoires occupes. 

La question des pressions sur lsraèl doit cesser d’être taboue. Dans le passé, le gouvernement israélien n’a infléchi son approche unilatérale que sous la pression, voire la menace, de sanctions financières, comme ce fut le cas lors de la Conférence de Madrid en 1991. La société israélienne n’a rien à gagner à s’installer dans une situation de ségrégation où chacun est appelé à aller garder les portes de la prison où sont enfermés les Palestiniens. Une solution juste au conflit, fondée sur le droit international, est la seule garantie pour lsraèl de pouvoir vivre un jour en paix avec ses voisins. Avec le sentiment de l’urgence, nous exhortons les dirigeants israéliens, américains, européens mais aussi palestiniens à entendre l’aspiration profonde de la société palestinienne à l’unité et à en faire la priorité de leurs initiatives. Dans ce sens, la reprise de l’aide directe ne doit pas être l’instrument d’une politique de division, mais servir a restaurer l’effectivité de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza pour qu’elle bénéficie à l’ensemble de la population.

 Nous demandons à l’Union européenne et en particulier à la diplomatie française d’agir avec courage et fermeté pour obtenir
- la levée immédiate du blocus de la bande de Gaza, qui ne peut qu’aggraver la crise humanitaire et n’ouvre aucune perspective politique ;
- la libération des parlementaires démocratiquement élus arrêtés par l’armée israélienne ;
- l’arrêt immédiat de la construction du mur et de l’extension des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, préalables indispensables pour que le retrait des territoires occupés, exigé par la résolution 242, soit possible ;
- la publication du rapport sur la colonisation de Jérusalem-Est remis à la Commission européenne afin d’en tirer toutes les conséquences diplomatiques. 

Au nom des valeurs de liberté, de justice et de dignité humaine, nous appelons la société civile française à faire entendre sa voix pour relayer et amplifier cet appel pour mettre fin au chaos au Proche-Orient et pour enfin donner une chance à la paix.
 

 Ce document est signé par

- Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme,
- Gustave Massiah, président du CRID,
- Patrick Peugeot, président de la Cimade,
- Bernard Ravenel, président de l’Association France Palestine solidarité,
- Joèl Thomas, président du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

Ces associations sont toutes membres de la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine.

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Mise à jour le lundi 15 novembre 2010