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Revisiter les concepts : A propos du péché originel
 

Péché originel : sommes-nous tous coupables?

Dans le catéchisme universel de 1992, l'Eglise catholique enseigne encore que "au commencement" de l'humanité, "historiquement", il y eut un "acte" de "désobéissance" d'un couple humain: Adam et Ève se seraient dressés contre Dieu et se seraient ainsi soustraits à sa "grâce". En punition, toute la nature en aurait été polluée. La maladie et la mort ne seraient que l'effet du "péché originel", et l'homme pencherait désormais vers le mal.

Proposée sous cette forme, l'idée de "péché originel" est évidemment absurde. Elle est incompatible avec les exigences élémentaires de la justice humaine: il n'est pas pensable de faire porter la responsabilité de l'acte d'un individu par toute sa descendance. Elle est incompatible avec les données de base de la biologie : la mort naît du caractère pluricellulaire de l'être vivant, et la douleur commence inévitablement avec l'apparition du système nerveux, sans que l'une ou l'autre ait quelque chose à voir avec le comportement de l'homme. Et surtout, cette doctrine est inconciliable avec ce que nous savons sur l'apparition de l'homme à partir de la série animale. Nous faudrait-il penser qu'Adam et Eve seraient des australopithèques d'il y a trois millions d'années, l'homo Erectus d'il y a un million d'années, le Néandertaliens d'il y a 100.000 ans, l'homme de Cro-Magnon d'il y a 30.000 ans, ou les premiers paysans d'il y a 8 000 ans?

La vision biblique du monde couvre 6 000 ans, et ce fut, ce reste une faute grave d'interpréter les récits symboliques du péché originel au début de la Genèse comme des informations sur des faits "historiques". Il s'agit en réalité d'images qui présentent l'existence humaine: elles montrent l'alternative devant laquelle chacun se trouve dès qu'il prend conscience de sa situation dans le monde: sa vie se définira-t-elle par l'angoisse ou par une attitude de confiance approfondie?

Déjà les animaux les plus développés sont saisis d'angoisse au moment du danger. Ils perçoivent que leur vie est menacée, et ils cherchent à échapper au risque. Humains, nous avons aussi peur devant la mort, car, à la différence des animaux, nous portons en nous la certitude que nous n'y échapperons finalement pas. Dans le langage mythique, c'est le propos du "serpent", gueule ouverte du néant, et il nous pose la question de savoir ce que nous faisons de cette angoisse inhérente à notre existence d'humains.

Psychologiquement, il paraît inévitable de répondre d'une autre manière que les animaux. Mais il se trouve que, en nous, cette angoisse est portée à l'infini, et qu'elle exige une solution.

C'est ainsi que, par peur de la faim, l'hémisphère nord accumule l'argent et les biens qui manquent aux deux-tiers de l'humanité, plongée dans la misère et dans la famine. Par peur d'un éventuel ennemi, nous nous armons au point de pouvoir nous anéantir tous; et par peur de n'être rien, de n'être que "poussière sur la terre", nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous poser comme un absolu que tout le monde doit reconnaître. La volonté "d'être comme Dieu" n'en manifeste que plus à quel point nous sommes en vérité désemparés et "nus", ce qui nous conduit à vouloir nous cacher. Ainsi sommes nous saisis dans la spirale de l'angoisse comme dans une vis sans fin.

    Ce que décrit le "péché originel" ce n'est donc pas un acte de désobéissance ou d'orgueil. Il nous signale la  déformation d'une existence marquée de part en part par l'angoisse. C'est bien pourquoi il est impossible de répondre à la misère de l'existence d'homme par de simples moyens moraux, commandements ou exhortations. L'angoisse humaine ne se dissout pas à coup de volonté et de bonnes résolutions, mais uniquement grâce à la rencontre de quelqu'un en qui on peut avoir totalement confiance. Alors, et alors seulement, on peut vraiment saisir l'absurdité de tous nos mécanismes de fuite de l'angoisse, jusque là apparemment inévitables. Seul l'être qui retrouve le sentiment d'être aimé en dépit de tout peut vraiment se sentir "chez lui" dans le monde. Car, désormais "sauvé" par "grâce", il saisit le vide et l'inutilité de son sentiment de peur et de culpabilité profonde. Si la doctrine du "péché originel" peut nous être de quelque utilité, ce n'est pas en mettant l'homme en accusation, mais en lui faisant comprendre la vraie nature de son aliénation.

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Mise à jour le lundi 15 novembre 2010